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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme
Antisionisme juif et/ou israélien

Comment Arte déjudaïse la Terre d'Israël, Shmuel Trigano
12/10/2013

Article repris du site Jforum.fr, du vendredi 11 octobre 2013

 

LES MANIPULATIONS DE LA CHAÎNE ARTE.

 

Depuis le début des années 2000, les programmateurs de la Chaîne Arte semblent obsédés par les questions juives, non seulement la mémoire de la Shoah mais aussi et surtout l'Israël contemporain et le judaïsme. La soirée du 31 août sur « L'exil des Juifs » et le trafic des fausses antiquités à Jérusalem, a remis en cause la véracité d'un « exil » juif consécutif à la destruction du Temple de Jérusalem tout en affirmant, par contre, qu'il y a bien eu un exil, celui des Palestiniens chassés de leur terre, victimes collatérales du « mythe juif » et de leur retour d'« exil ».

Que vient faire Jérusalem dans cette histoire ? C'est en fait le sujet clandestin du deuxième film programmé cette soirée-là, qui laisse entendre qu'il n'existe aucune preuve archéologique de l'existence du Temple de Jérusalem. Les seules preuves avancées ces dernières années étaient des faux, fabriqués par un antiquaire israélien vénal. Le spectateur incompétent, au terme de cette soirée, est conduit à penser, de façon subliminale – car tout est en demi-teinte -, que non seulement l'exil est un mythe identitaire juif - et donc pas une réalité historique - mais que, de plus, il n'a aucune raison d'exister parce qu'il n'y a pas de preuve archéologique de sa cause supposée : la destruction du Temple.

 

La construction idéologique et cinématographique de l'argument de cette soirée est, on l'a compris, sournoise et extrêmement sophistiquée. Les manipulations de l'histoire ne sont jamais affichées directement : on oppose sans cesse l'histoire et l'archéologie au « mythe » ; ici ou là, on a deux-trois phrases d'universitaires interviewés, presque tous juifs et israéliens, tous postmodernistes et postsionistes (tenants de la « nouvelle archéologie » [et d'une révision de l'histoire du peuple juif, comme sioniste, au sens péjoratif du terme]), mais le spectateur moyen ne saura jamais que ces « experts » sont aussi des idéologues engagés. Dans l'optique de ce discours, le mythe est une invention qui a peu à voir avec la réalité et qui sert des intérêts ou des passions. Il faut remarquer par contre que dans ce film, il n'y a aucune remise en question d'un quelconque mythe palestinien. Les Palestiniens incarnent le revers réel du mythe juif.


L'architecture du film

Le film part de l'idée que les Juifs contemporains auraient fait de Massada le symbole du début de l'exil. L'Israël sioniste en aurait fait une auto-célébration nationaliste et militaire orchestrée par l'Etat. Face à ce constat, le film se met en quête de la vérité, car les nouveaux archéologues n'auraient trouvé aucune preuve qui corrobore cette thèse. Partant d'une opinion imputée aux Juifs et Israéliens (qui est elle-même une interprétation), tout le film tente de démontrer non seulement sa fausseté mais aussi l'inexistence, ou presque, de l'événement qu'elle rapporte. On part d'une idée propre au sens commun qu'on attribue aux Juifs, et ensuite on démontre qu'ils sont des affabulateurs ou des menteurs.

En fait, c'est Jérusalem qui est mise sur la sellette pour justifier que la destruction du Temple n'est pas le pivot de l'histoire juive ultérieure. C'est la cible collatérale du film. Présentée comme le symbole d'un judaïsme rétrograde, tout l'argument se construit sur son opposition axiale et manichéenne avec une bourgade de Galilée quasiment inconnue : Sephoris, aujourd'hui Tsippori. L'existence florissante de Sephoris après la destruction du Temple montrerait que la vie juive a bien continué en « Palestine » et que les Juifs ne sont pas partis en exil en masse ni n'ont tous été déportés à Rome. La preuve ? On y trouve une synagogue aux mosaïques splendides et pas très « cachères » car elles enfreignent l'interdit de représentation [humaine et animale]. Cela permet un enchaînement : l'historien Israël Youval et l'archéologue Zeev Weiss nous présentent Sephoris comme une merveilleuse « ville ouverte sur le monde multiculturel des Romains » - grâce à « l'immense diversité du monde romain » –, « multiethnique », bref, une ville heureuse, pacifique, prospère ; de Jérusalem, par contre, on ne nous parle que pour évoquer des grands prêtres « riches », qui « mènent la belle vie », par contraste avec les pauvres de la ville « ethnique » du « peuple élu », qui tire ses revenus de la religion. On ne dit pas au téléspectateur ignorant que la Judée et la Galilée étaient des colonies soumises à un empire cruel et dominateur, ni que Sephoris n'était pas une ville juive, mais une ville romaine où vivaient des Juifs !

L'un des palais du roi David, qui vient d'être mis au jour dans la région de Bet Shemesh

L'histoire de Flavius Josèphe, qui écrivit le seul compte-rendu historique de « la guerre des Juifs », nous est alors présentée d'une façon telle que sa narration se voit invalidée. Émissaire envoyé par les « grands prêtres » à Sephoris pour l'entraîner dans la rébellion, il échoue. La ville appelle Rome à la rescousse. L'empereur Vespasien le fait prisonnier et en fait son « esclave ». C'est là que Flavius Josèphe devient l'historien de la guerre des Juifs, mais son livre répond à la commande politique de l'empereur qui a besoin de magnifier sa victoire en magnifiant ses ennemis juifs, si bien que son livre n'est pas un témoignage authentique. Dès l'origine donc, cette fois-ci au bénéfice des Romains, l'histoire de la chute de Jérusalem est un récit fabriqué pour servir des intérêts politiques (comme ceux de l'Etat d'Israël, la chose est clairement dite et "montrée"). Pour plus de preuve, le film fait une incursion à Rome, en suivant le triomphe de Titus, le destructeur du Temple, qui nous apprend que les Juifs de l'époque y étaient très heureux, ne s'y sentaient pas en exil et n'attendaient en aucune façon de retour à Sion.

Mais alors pourquoi les Juifs se sont-ils « entêtés » (le mot est prononcé) à perpétuer ce mythe ? C'est à Sephoris que se trouve la solution. Fuyant Jérusalem, les Juifs y auraient rencontré d'autres Juifs, les chrétiens, qui leur [reprochent] la refondation d'un judaïsme sans Temple, à savoir le judaïsme rabbinique qui (avec le seder et la Haggada de Pessah) va faire du mythe de l'exil (et du retour) la base de la continuité juive. Pour les chrétiens, la destruction du Temple signe, au contraire, la punition divine des Juifs, et les Juifs vont accepter cette idée comme l'affirme l'historien, aux thèses très contestables, Israel Youval, quoique pour d'autres motifs. On reste confondu devant une telle explication à l'emporte-pièce. En somme, les chrétiens sont la clef du mythe de l'exil juif, la référence de l'histoire juive ! Mais nulle part dans le film le jugement des chrétiens n'est remis en question ou en situation historique, ni qualifié de mythe. Bien au contraire, faisant fi de la chronologie historique, Youval nous dit que la Tora confirme leur jugement alors que le thème évoqué (le fait que le peuple sera chassé de la terre s'il n'est pas fidèle à l'Alliance) les précède de plus d'un millénaire. C'est donc qu'ils disent vrai ! Il est à remarquer que l'épisode chrétien du film est accompagné d'une musique angélique, alors que, dès qu'il s'agit des Juifs la musique est angoissante et lancinante.

De la malédiction divine des Juifs le film enchaîne, de manière assez incroyable sur l'antisémitisme (rapport de cause à effet ?), qui a conduit les Juifs à aller jusqu'au bout de leur mythe (le retour de l'exil), en inventant le sionisme qui a fait que « le rêve s'est confronté à la réalité ». Et là, nous revenons à Sephoris, et nous allons comprendre pourquoi le cinéaste, Israélien lui aussi, a voulu en faire bizarrement l'antithèse « éthique » de Jérusalem (alors que cela aurait dû être Césarée). Nous revenons à Sephoris ou plutôt… Safouri, village arabe de Galilée détruit durant la Guerre d'Indépendance, pour nous plonger dans « l'expulsion » des Palestiniens, le véritable exil cette fois, que cause le faux exil mythique des Juifs, Safouri que les Israéliens nomment Tsippori et où Zeev Weiss, l'archéologue postsioniste, acteur plus que complaisant de l'argument du film, mène les fouilles.

Safouri (et non Jérusalem) constitue, en fait, le vrai centre du film où est mis en scène, cette fois-ci, un véritable exil à travers des personnages réels, contemporains que l'on nomme, qui énoncent leur généalogie jusqu'à « dix générations », les 13 siècles d'histoire « palestinienne », qu'Israël occulte aujourd'hui, comme l'énonce un professeur arabe israélien. On nous montre deux exilés revenant sur les lieux de leurs origines où les Juifs ont tout rasé pour créer un parc national dans lequel des vestiges archéologiques romains sont exposés. On va même jusqu'à faire dire à des Israéliens qu'en fait, les vrais Juifs, ce sont eux, habitants du pays qui ont été convertis à l'islam mais ont conservé de vieilles traditions juives et qui, aujourd'hui, sont les vrais exilés, victimes collatérales du mythe de l'exil des Juifs. On ne saura jamais que la vie juive a disparu massivement de Palestine au lendemain de l'invasion islamique.

Le film se termine sur la morale galvaudée des postmodernistes, la mémoire « partagée », l'intégration des mémoires, la tolérance, tout ce qui n'est pas du côté des Juifs. Mais qu'en est-il du mythe palestinien ? Arte n'en dira jamais rien, pas plus qu'il ne parlera de l'exil des 900 000 Juifs chassés il y a 60 ans des pays arabes, et dont 600 000 ont trouvé refuge dans l'État d'Israël. Leur mémoire, elle, n'est ni mythique ni inventée. Elle est encore vivante, mais... censurée.

Cette censure, j'appelle mes lecteurs – qui sont aussi des téléspectateurs – à l'analyser car, prochaine étape de l'opération, Arte nous annonce une série qui va nous raconter la merveilleuse symbiose judéo-arabe. La mystification à laquelle se livre la chaîne est donc très systématique et sophistiquée. Elle s'étend sur de nombreuses années et entretient une dépréciation des Juifs, de leur histoire, de leur esprit, qui ne peut qu'entretenir l'inimitié intellectuelle et sensible envers eux, dans une Union Européenne ravagée par un nouvel antisémitisme. On peut comparer, sur preuves, avec ce qu'elle diffuse quand il est question de l'islam (ou des Palestiniens), je pense par exemple à une série - financée par l'Organisation de la Conférence Islamique - qui nous a dit qu'en fait, c'est l'islam qui a fait l'histoire du monde et de la civilisation moderne. Il faut revoir alors toute la programmation juive de la chaîne depuis sa création, faire des statistiques d'occurrence des thèmes, des choix idéologiques, etc., pour en comprendre la logique intime. Il en découle que sa Rédaction a élaboré une orientation idéologique très précise qui vise à parler de façon obsessionnelle des Juifs tout en détériorant leur image. Qu'elle trouve, pour ce faire, des Alterjuifs [*] diasporiques et israéliens n'est en aucune façon un gage. C'est là un des traits les plus forts du "nouvel antisémitisme".

 

© Shmuel Trigano *

 

* D'après un article publié dans L'information juive, n° 335, septembre 2013.

 

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Note de Menahem Macina

 

[*] Le néologisme « Alterjuif » désigne des Juifs qui, pour diverses raisons (généralement idéologiques, mais souvent obsessionnelles et relevant de la psychologie des profondeurs), se dissocient de leurs co-religionnaires, et surtout des Israéliens, attachés au destin de leur peuple et de l'Etat d'Israël et qualifiés, de ce fait, par leurs détracteurs, de « sionistes » et d'« ultranationalistes ». Les ténors les plus en vue de cette tendance, terriblement nocive pour l'identité juive et pour l'intégrité politique et physique des Juifs du monde entier, sont très prisés de tout ce que le monde, et surtout l'Europe, comptent d'ennemis acharnés de l'entité juive au Moyen-Orient. A ce titre ils sont fréquemment invités dans les médias audiovisuels dont ils se servent comme autant de tribunes pour nuire à leur peuple et à leur Etat.