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Shoah

Le Pape François adresse un courrier électronique sur l'Holocauste à un dirigeant Juif américain
21/10/2013

 

Article original : “Pope Francis sends e-mail on Holocaust to American Jewish leader”, by Elisabeth Tenaty, sur le site du Washington Post, 18 octobre 2013.

 

Le Pape François en prière au cours de son Audience générale hebdomadaire, sur la place St Pierre au Vatican le 16 octobre 2013. (Cliché: Alessandra Tarantino/AP)

 

Dans un échange récent de courrier électronique, le Pape François a tendu la main à un dirigeant juif américain, fils de deux survivants de l'Holocauste.

Le pape est entré en contact avec Menachem Rosensaft, professeur américain spécialisé en droit en matière de génocide et de procès pour crimes de guerre, qui enseigne dans les universités de Colombia et de Cornell, après que Rosensaft ait adressé au Vatican un sermon qu'il avait prononcé en septembre sur le thème croire en Dieu après l'Holocauste, accompagné d'une note personnelle.

Les fonctionnaires du Vatican ont confirmé l'existence de l'e-mail.

Dans sa brève note, le Pape François a fait référence à la réflexion de Rosensaft sur la possibilité de la présence de Dieu durant l'Holocauste, qui, selon le professeur, a donné à son père la force de prier même au cours de son emprisonnement et de ses tortures, et à sa mère, le courage de sauver 149 enfants, en grande partie orphelins, et d'en prendre soin dans l'enceinte d'un camp de concentration nazi pendant la Seconde Guerre mondiale .

Voici, traduit de l'espagnol par le Washington Post, ce que le Pape François a écrit à Rosensaft :

« Quand vous nous avez dit, avec humilité, où Dieu était à ce moment-là, j'ai senti intérieurement que vous aviez transcendé toutes les explications possibles et que, après un long cheminement — parfois pénible ou triste — vous en êtes venu à découvrir une certaine logique et que c'est de là que vous nous parlez : la logique du Premier Livre des Rois, 19, 12, la logique de cette "brise légère" (je sais que c'est une traduction très pauvre de la riche expression hébraïque) qui constitue la seule interprétation herméneutique possible.

Merci du fond du coeur. Et n'oubliez pas, s'il vous plaît, de prier pour moi. Que le Seigneur vous bénisse. »

Dans les milieux juifs, la réponse aux problèmes théologiques soulevés par l'Holocauste va du rejet de l'existence de Dieu, à l'enseignement de quelques cercles ultra-Orthodoxes qui considèrent l'Holocauste comme une punition divine. Mais pour d'autres, tel Rosensaft, l'Holocauste a donné naissance à une nouvelle estimation de la fidélité de Dieu au sein d'une profonde souffrance. Rosensaft a affirmé que le fait que le Pape ait reconnu la présence de Dieu, même durant la période du génocide, au travers d'actes de courage et de bonté, « est un don spirituel énorme » qui donne aux survivants le sens de tout acte de violence.

« Ce que j'ai essayé de dire dans mon sermon et il est réconfortant que le Pape François l'ait ratifié , c'est que Dieu n'est pas l'auteur des horreurs, mais que sa présence divine est dans l'humanité ininterrompue des victimes, et qu'elle était en ceux qui ont secouru, qui ont sauvé, qui ont aidé », a dit Rosensaft.

La main tendue du chef de l'Église catholique à la communauté juive, dans le contexte de l'Holocauste et de ses retombées, a également des conséquences historiques.

L'héritage des actions et des inactions de l'Église catholique, durant le génocide, qui a mené à la mort de 6 millions de juifs, et de 5 millions d'autres pris pour cible par les Nazis, continue à jeter une ombre sur les relations entre Juifs et Catholiques.

Le Concile de l'Église, connu sous le nom de Vatican II, qui a eu lieu au début des années 60, est souvent désigné comme un tournant dans les relations entre les deux groupes, en particulier, la rédaction de Nostra Aetate, document catholique qui a formellement dénoncé l'antisémitisme et a reconnu l'héritage spirituel commun aux deux confessions de foi.

Depuis qu'il a accédé à la papauté, le Pape François, qui, à l'époque où il était le cardinal Bergoglio, en Argentine, avait la réputation d'avoir des liens étroits avec des dirigeants juifs, a continué à entretenir des relations avec des groupes juifs.

Début septembre, le Pape François a accueilli au Vatican Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, et, selon un compte-rendu de leur rencontre par l'agence Associated Press, il a parlé de la nécessité que l'Église examine l'interdiction polonaise controversée de la pratique cachère d'abattage des animaux. Après leur réunion, Lauder a déclaré que « jamais au cours des 2.000 dernières années, les liens entre l'église catholique et les Juifs n'avaient été aussi bons ».

La semaine dernière, le Vatican a refusé la demande d'une messe de funérailles, présentée par la famille du criminel de guerre nazi, Erich Priebke. La société Saint Pie X (SSPX), un groupe catholique dissident, toujours en dialogue avec Rome, aurait, semble-t-il, offert de prendre en charge les funérailles, puis a reporté la cérémonie, suite à des pressions extérieures.

Vendredi, le Vatican a annoncé la visite projetée du Pape François en Israël, qui pourrait avoir lieu dès 2014, selon le Wall Street Journal.

Rosensaft voit dans le geste de la main que lui tend le pape François, un élément de l'évolution continuelle de la compréhension entre les deux traditions religieuses.

« Le fait que le Pape place la question à ce niveau me fait penser que l'on peut espérer une intégration de la mémoire de l'Holocauste, non pas seulement dans le cadre théologique juif, mais également dans l'enseignement catholique. Peut-être alors nous pouvons avancer ensemble. »

 

© The Washington Post, pour l'original anglais.

© Menahem Macina et debriefing.org, pour la traduction française.

 

[Merci au Dr Alon Goshen-Gottstein, Directeur de The Elijah Interfaith Institute, qui m'a signalé cet article.]