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Antisionisme chrétien

L'apostasie du monde évangélique, Olivier Peel
27/10/2013

 

Le monde chrétien est fait de paradoxes, et, ces derniers jours, le site Debriefing.org alimente notre réflexion sur le rapport des chrétiens avec Israël. Côté catholique, les nouvelles sont encourageantes, car le Pape François semble ouvert, plus que son prédécesseur, au dialogue et à l'approfondissement du rapport entre l'Eglise et l'Etat juif (1). Rien de tel côté protestant, et plus précisément dans sa branche évangélique (2).

Il fut un temps où l'Eglise catholique ne cachait pas sa haine du peuple juif et se démarquait nettement comme « le Nouvel Israël ». A contre-pied de cet antijudaïsme confessionnel militant, le monde évangélique, soucieux de garder intact son rapport à l'Ecriture, estimait que le peuple juif avait encore un rôle à jouer.

Les temps changent et les mentalités aussi. Depuis près de deux décennies, le discours théologique et politique du milieu évangélique se colore nettement d'un parti pris pour le peuple palestinien, qui, dans certains milieux, frise, voire cultive sans complexe l'antisionisme. Israël serait coupable d'« apartheid » et ferait vivre aux Palestiniens l'« enfer » sur terre. Selon ces « prophètes » modernes, il faut se lever, Bible en main, pour défendre cette resucée hypocrite de la protection « de la veuve et de l'orphelin », le Palestinien étant, à l'évidence, l'un et l'autre. Quelle que soit sa théologie sous-jacente, ce type de protestant évangélique, non content de prétendre, comme ses coreligionnaires catholiques, que son Eglise est le « Nouvel Israël », voudrait également que la Bible devienne « Judenrein » !

Comment expliquer ce retournement d'attitude ?

Tandis que l'Europe est toujours aux prises avec ses vieux démons, un certaine Amérique chrétienne, sous l'égide de son Président gauchiste, Barak Obama, se sent soudain des velléités de justicière et se drape dans une vertu tardive pour s'arroger le droit de critiquer le peuple israélien, tout en lui déniant le droit élémentaire de vivre sur son propre territoire sans être en perpétuel état de siège et voir s'allonger la liste de ses morts et blessés. Se pourrait-il que ces deux grands blocs géopolitique – Europe et Amérique en viennent à « lâcher » l'encombrant « peuple juif » ? Certains, dont je suis, le pressentent.

On dira que je suis alarmiste et injuste, ou pire, que rien de tout cela n'est vrai. Ces évangéliques aiment Israël ainsi que le peuple juif, objectera-t-on, mais (car il y a toujours un « mais »), la politique que mène Israël aux dépens du peuple palestinien est inadmissible.

Comme le dit un proverbe chinois, « Quand on montre du doigt la lune, l'imbécile regarde le doigt ». On a beau démontrer les mensonges d'Abou Mazen et sa haine d'Israël, les mensonges du Hamas et son terrorisme incessant, rien n'y fait. Les Palestiniens n'ont jamais voulu sérieusement la paix, car le rêve des Arabes est, depuis des décennies, que Jérusalem soit débarrassée de toute présence juive. Encore une fois, rien n'y fait ! On ne voit toujours que le doigt.

Il va de soi que le Diable est séduisant et qu'il est parvenu à séduire nombre de mes  coreligionnaires évangéliques. Ira-t-on jusqu'à opposer la « vérité » du Coran à celle des Ecritures chrétiennes ? Ce monde évangélique-là, qui m'est totalement étranger, préfère-t-il une dictature religieuse obscurantiste à la liberté ? Sur quelles bases faudrait-il soutenir le terrorisme au détriment de la vie ? La question que je pose inlassablement à mes détracteurs est la suivante: « Mais que vous a donc fait Israël ? » Je sais qu'il n'y a pas une réponse cohérente et humaine à cette question. Si seulement il y en avait une !

Nous vivons des temps difficiles et la tentation de l'abandon de la foi nous guette plus que jamais. Une sorte de « proto-apostasie » (selon l'expression de M. Macina) – car c'est bien d'apostasie qu'il est question, quel que soit le stade où est parvenu cette maladie spirituelle mortelle –, se répand avec une facilité déconcertante dans nos églises et nos communautés chrétiennes.  Est-ce le signe d'un abandon d'une lecture intelligente et éveillée des Ecritures ? Je le crains.

Comme le dit très bien le philosophe et géopoliticien, Guy Millière, « Il est des moments où ne pas choisir est une forme de choix. » (3) Un certain nombre d'évangéliques semblent avoir fait le choix de soutenir le régime dictatorial palestinien plutôt que la démocratie israélienne. D'autres gardent le silence et laissent faire. A ceux-là je dis avec Millière : « ne pas choisir est une forme de choix ».

Je reste sans voix lorsque, en revisitant les textes de l'épître aux Romains, aux chapitres 9 à 11, je lis « … car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu'il ne t'épargne pas non plus. » (Rm 11, 21) (4). Il va de soi que beaucoup de mes coreligionnaires souffrent d'une amnésie prononcée. Comment ne pas se repentir lorsque nous lisons un tel passage ?

Mon inquiétude est grande. Je crains que le peuple juif ne soit de plus en plus isolé sur le plan international. Il y avait encore, ces dernières années, un soutien incontestable du monde évangélique pour le peuple d'Israël. Mais, il faut se rendre à l'évidence : l'ange de la destruction est passé par là, il a fait œuvre de démolition en empoisonnant les esprits de fidèles sincères et soucieux de justice.

Je ne vois pas d'autre remède à cette subversion spirituelle que la résistance, active et passive, à cette apostasie rampante, de ceux et celles qui soutiennent, par la parole et la prière, le peuple avec lequel nous sommes un (cf. Ep 2,16). Nul doute qu'au train où vont les choses, ils ne soient bientôt plus qu'un « reste », mais c'est la gloire de Dieu que de faire des prodiges avec des instruments dérisoires. C'est pourquoi je garde l'espoir que subsisteront, jusqu'à la fin des croyants irréductibles dans leur foi, du calibre de ceux dont parle l'oracle divin à un Elie découragé par l'apostasie de son peuple (cf. 1 R 19, 18), en ces termes : « Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal » (Rm 11, 4).

 

© Olivier Peel

 

Notes

(1) Voir « Le Pape François adresse un courrier électronique sur l'Holocauste à un dirigeant Juif américain ».

(2) Voir Jim Fletcher, « L'Eglise occidentale promeut les mensonges concernant Israël » ; et « Le faux évangile de deux Evangéliques pro-Palestiniens : dénigrement d'Israël et transe politico-religieuse ».

(3) Guy Millière, L'Etat à l'étoile jaune, éd. Tatamis, 2013, p. 16.

(4) Dans un ouvrage récent, intitulé Le signe de Saül - A propos du sévère avertissement de Paul aux chrétiens (Rm 11, 19-22), Menahem Macina va très loin dans l'insistance sur la nécessité de se préparer à affronter l'Apostasie.