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Menahem Macina

Les catastrophes naturelles, accidents fortuits ou avertissements divins adressés aux hommes?
12/11/2013

es catastrophes naturelles nous interpellent

philippines-typhoon

Certaines catastrophes naturelles sont en partie prévisibles comme le tsunami qui avait ravagé plusieurs régions d'Asie, en particulier la Thaïlande, d'autres surviennent brutalement comme le tremblement de terre d'Haïti, ou comme le typhon Hayan qui vient de dévaster ces derniers jours plusieurs îles des Philippines.

Ces tragédies sont d'autant plus traumatisantes pour les populations que certains journalistes ont employé un peu facilement le terme de malédiction, ce qui laisse supposer une main invisible se plaisant à répandre la désolation pour d'obscurs motifs.

Au cours des siècles, l'approche religieuse de ces phénomènes a connu des tonalités diverses. Même jusqu'à une époque récente, avant l'essor des sciences bibliques, on a cru déceler dans ces catastrophes le doigt vengeur d'un D.ieu courroucé par les péchés des hommes. Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 a ainsi offert une thématique culpabilisante à de très nombreux prédicateurs en Europe, pressés de morigéner leurs auditeurs pour toutes sortes de raisons.

Mais dans l'esprit des Lumières, la réflexion des philosophes et des savants – croyants ou athées – a peu à peu libéré la notion de catastrophe d'une cosmogonie encore imprégnée de mythologie grecque. (La vision glaçante des dieux de l'Olympe se frottant les mains de plaisir devant les humains se débattant au milieu de situations sanguinaires avait un peu trop colonisé la croyance tirée de l'Ecriture). Malgré cela, il était encore fréquent, jusqu'avant le Concile Vatican II, d'entendre les instances religieuses parler d'un Dieu sadique qui punit les hommes à travers les catastrophes pour leurs atteintes à sa loi, ce qui n'a pas manqué d'accélérer considérablement le processus de raisonnement conduisant à l'athéisme dans ces périodes où l'idéologie voulait damer le pion à la religion.

En revanche, si l'on se réfère à quelques pages célèbres de la Bible, on découvre que le message opère déjà par lui-même une sérieuse désacralisation des phénomènes naturels, afin d'ouvrir un espace de liberté et d'initiative à l'être humain. Le tsimtsoum est le retrait du créateur indispensable pour laisser place aux êtres humains dont la conscience est un reflet de D.ieu. La question de base passe d'abord par celle de l'existence du mal dans le monde créé par D.ieu : l'expérience de Job qui crie sa révolte est parlante. Alors que ses amis lui suggèrent que, dans ses malheurs, il a subi une punition méritée pour ses fautes, son refus apporte finalement un vif désaveu à cette théologie du châtiment et laisse au contraire entrevoir le visage d'un D.ieu compatissant.

Cet article vous a intéressé ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les nouveaux articles de Dreuz, une fois par jour en fin d'après-midi.

Le créateur interviendrait-il en personne lorsqu'il y a un séisme ou un cyclone ? Non, répond le prophète Elie au mont Horeb. D.ieu ne manifeste pas aux êtres humains sa présence par le tremblement de terre ou par l'ouragan, mais par l'effleurement d'une brise légère, signe de son Esprit qui parle au cœur de l'homme sans brutalité.

La tour de Siloé qui s'est effondrée sur la foule à Jérusalem a-t-elle été renversée par Dieu pour châtier les passants de leurs fautes ? Non, réagit aussitôt Jésus, car D.ieu n'exprime pas sa gloire dans la mort. Il est le Dieu des vivants, et il incite sans cesse à promouvoir la vie, y compris au milieu des malheurs et des pires épreuves. C'est ce que Jésus vivra jusqu'au bout, dans sa personne, en exprimant sa compassion aux souffrants et en ouvrant une voie d'humanité vers le Royaume de Dieu.

Il s'agit par conséquent aujourd'hui de concilier l'apport scientifique en matière de gestion des catastrophes, avec la conscience éthique émanant de la responsabilité confiée par D.ieu aux êtres humains pour continuer l'œuvre de création. Le tikkoun olam en est la belle illustration, sous des formes diverses.

Plutôt que de rechercher des rituels magiques rassurants pour conjurer le mauvais sort, la véritable attitude spirituelle est donc créative, c'est celle de l'intelligence des phénomènes naturels, de la réflexion sur la manière d'habiter la terre, la compassion avec les victimes et la solidarité avec les plus exposés.

Il est de ce fait urgent également de discerner entre catastrophes liées aux lois de la nature, et tragédies provenant des responsabilités de l'homme, comme le risque nucléaire, les épidémies par contagion, les famines pour cause de mal développement, les drames liés au terrorisme, etc. La tradition biblique refuse par principe toute résignation devant ces problèmes.

Exemple significatif : devant une grande foule affamée, Jésus dit à ses disciples qui attendaient de lui un geste magique : donnez-leur vous-mêmes à manger… C'est alors qu'un enfant offre spontanément le peu qu'il a pour le partager, c'est le début du vrai miracle, une multiplication des chances pour résoudre la situation, et une véritable bénédiction. Cette détermination et cette simplicité de cœur devraient inspirer nos contemporains dans beaucoup de domaines, et enclencher de ce fait des manières plus humaines de traiter les problèmes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info.

- See more at: http://www.dreuz.info/2013/11/les-catastrophes-naturelles-nous-interpellent/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+drzz/Pxvu+(Dreuz)#sthash.Ufanz0zC.DsvVwnN9.dpuf
es catastrophes naturelles nous interpellent

philippines-typhoon

Certaines catastrophes naturelles sont en partie prévisibles comme le tsunami qui avait ravagé plusieurs régions d'Asie, en particulier la Thaïlande, d'autres surviennent brutalement comme le tremblement de terre d'Haïti, ou comme le typhon Hayan qui vient de dévaster ces derniers jours plusieurs îles des Philippines.

Ces tragédies sont d'autant plus traumatisantes pour les populations que certains journalistes ont employé un peu facilement le terme de malédiction, ce qui laisse supposer une main invisible se plaisant à répandre la désolation pour d'obscurs motifs.

Au cours des siècles, l'approche religieuse de ces phénomènes a connu des tonalités diverses. Même jusqu'à une époque récente, avant l'essor des sciences bibliques, on a cru déceler dans ces catastrophes le doigt vengeur d'un D.ieu courroucé par les péchés des hommes. Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 a ainsi offert une thématique culpabilisante à de très nombreux prédicateurs en Europe, pressés de morigéner leurs auditeurs pour toutes sortes de raisons.

Mais dans l'esprit des Lumières, la réflexion des philosophes et des savants – croyants ou athées – a peu à peu libéré la notion de catastrophe d'une cosmogonie encore imprégnée de mythologie grecque. (La vision glaçante des dieux de l'Olympe se frottant les mains de plaisir devant les humains se débattant au milieu de situations sanguinaires avait un peu trop colonisé la croyance tirée de l'Ecriture). Malgré cela, il était encore fréquent, jusqu'avant le Concile Vatican II, d'entendre les instances religieuses parler d'un Dieu sadique qui punit les hommes à travers les catastrophes pour leurs atteintes à sa loi, ce qui n'a pas manqué d'accélérer considérablement le processus de raisonnement conduisant à l'athéisme dans ces périodes où l'idéologie voulait damer le pion à la religion.

En revanche, si l'on se réfère à quelques pages célèbres de la Bible, on découvre que le message opère déjà par lui-même une sérieuse désacralisation des phénomènes naturels, afin d'ouvrir un espace de liberté et d'initiative à l'être humain. Le tsimtsoum est le retrait du créateur indispensable pour laisser place aux êtres humains dont la conscience est un reflet de D.ieu. La question de base passe d'abord par celle de l'existence du mal dans le monde créé par D.ieu : l'expérience de Job qui crie sa révolte est parlante. Alors que ses amis lui suggèrent que, dans ses malheurs, il a subi une punition méritée pour ses fautes, son refus apporte finalement un vif désaveu à cette théologie du châtiment et laisse au contraire entrevoir le visage d'un D.ieu compatissant.

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Le créateur interviendrait-il en personne lorsqu'il y a un séisme ou un cyclone ? Non, répond le prophète Elie au mont Horeb. D.ieu ne manifeste pas aux êtres humains sa présence par le tremblement de terre ou par l'ouragan, mais par l'effleurement d'une brise légère, signe de son Esprit qui parle au cœur de l'homme sans brutalité.

La tour de Siloé qui s'est effondrée sur la foule à Jérusalem a-t-elle été renversée par Dieu pour châtier les passants de leurs fautes ? Non, réagit aussitôt Jésus, car D.ieu n'exprime pas sa gloire dans la mort. Il est le Dieu des vivants, et il incite sans cesse à promouvoir la vie, y compris au milieu des malheurs et des pires épreuves. C'est ce que Jésus vivra jusqu'au bout, dans sa personne, en exprimant sa compassion aux souffrants et en ouvrant une voie d'humanité vers le Royaume de Dieu.

Il s'agit par conséquent aujourd'hui de concilier l'apport scientifique en matière de gestion des catastrophes, avec la conscience éthique émanant de la responsabilité confiée par D.ieu aux êtres humains pour continuer l'œuvre de création. Le tikkoun olam en est la belle illustration, sous des formes diverses.

Plutôt que de rechercher des rituels magiques rassurants pour conjurer le mauvais sort, la véritable attitude spirituelle est donc créative, c'est celle de l'intelligence des phénomènes naturels, de la réflexion sur la manière d'habiter la terre, la compassion avec les victimes et la solidarité avec les plus exposés.

Il est de ce fait urgent également de discerner entre catastrophes liées aux lois de la nature, et tragédies provenant des responsabilités de l'homme, comme le risque nucléaire, les épidémies par contagion, les famines pour cause de mal développement, les drames liés au terrorisme, etc. La tradition biblique refuse par principe toute résignation devant ces problèmes.

Exemple significatif : devant une grande foule affamée, Jésus dit à ses disciples qui attendaient de lui un geste magique : donnez-leur vous-mêmes à manger… C'est alors qu'un enfant offre spontanément le peu qu'il a pour le partager, c'est le début du vrai miracle, une multiplication des chances pour résoudre la situation, et une véritable bénédiction. Cette détermination et cette simplicité de cœur devraient inspirer nos contemporains dans beaucoup de domaines, et enclencher de ce fait des manières plus humaines de traiter les problèmes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info.

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Dans un article, intitulé « Les catastrophes naturelles nous interpellent », posté le 11 novembre, sur le site Dreuz.info, l'abbé Alain Arbez, prêtre suisse impliqué dans les relations entre Chrétiens et Juifs, et collaborateur régulier de ce site, tente de donner des événements dramatiques récents, particulièrement ceux qui ont eu lieu aux Philippines, une interprétation qui, à défaut d'être rationnelle, tente de satisfaire la quête de sens des croyants tout les mettant en garde contre les prophètes de malheur et les fondamentalistes qui croient et tentent de faire croire que ces catastrophes sont une manifestation de la colère de Dieu, irrité par les péchés des hommes.

Qu'en est-il en réalité ?

Suivons l'exposé de l'abbé Arbez (extraits).

« [...] Au cours des siècles, l'approche religieuse de ces phénomènes a connu des tonalités diverses. Même jusqu'à une époque récente, avant l'essor des sciences bibliques, on a cru déceler dans ces catastrophes le doigt vengeur d'un D.ieu (1) courroucé par les péchés des hommes. Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 a ainsi offert une thématique culpabilisante à de très nombreux prédicateurs en Europe, pressés de morigéner leurs auditeurs pour toutes sortes de raisons. »

Quoique extrêmement succinct, ce résumé est recevable.

L'ecclésiastique poursuit en évoquant les débuts de la pensée critique :

« [...] Mais dans l'esprit des Lumières, la réflexion des philosophes et des savants – croyants ou athées – a peu à peu libéré la notion de catastrophe d'une cosmogonie encore imprégnée de mythologie grecque. [...] Malgré cela, il était encore fréquent, jusqu'avant le Concile Vatican II, d'entendre les instances religieuses parler d'un Dieu sadique qui punit les hommes à travers les catastrophes pour leurs atteintes à sa loi, ce qui n'a pas manqué d'accélérer considérablement le processus de raisonnement conduisant à l'athéisme dans ces périodes où l'idéologie voulait damer le pion à la religion. »

Là encore, sans faire mien son vocabulaire (tel l'usage de l'expression « Dieu sadique », même si elle n'est pas de lui), il n'y a pas grand chose à redire à ce résumé (une fois encore, par trop elliptique), sauf que ces conceptions n'étaient pas l'apanage des « instances religieuses », mais étaient largement partagées par la quasi-totalité des fidèles.

L'Abbé Arbez en vient ensuite à ce qui, à mes yeux, est l'essentiel, d'un point de vue religieux, à savoir, la position de l'Ecriture et de la Tradition à ce sujet :

« [...] si l'on se réfère à quelques pages célèbres de la Bible, on découvre que le message opère déjà par lui-même une sérieuse désacralisation des phénomènes naturels, afin d'ouvrir un espace de liberté et d'initiative à l'être humain. [...] La question de base passe d'abord par celle de l'existence du mal dans le monde créé par D.ieu : l'expérience de Job qui crie sa révolte est parlante. Alors que ses amis lui suggèrent que, dans ses malheurs, il a subi une punition méritée pour ses fautes, son refus apporte finalement un vif désaveu à cette théologie du châtiment et laisse au contraire entrevoir le visage d'un D.ieu compatissant. »

Exact, surtout en ce qui concerne Job, cet exposé n'en est pas moins réducteur. En effet, d'autres passages de l'Ecriture s'inscrivent apparemment en faux contre ce que l'ecclésiastique appelle « une sérieuse désacralisation des phénomènes naturels ». Il n'est que de lire, entre autres, les passages suivants, pour se convaincre que les Prophètes n'hésitent pas à attribuer à Dieu ce que nous appelons des catastrophes naturelles :

« Ils n'ont pas dit en leur coeur : "Craignons donc L'Eternel notre Dieu, qui donne la pluie, celle de l'automne et celle du printemps, selon son temps, et qui nous réserve des semaines fixes pour la moisson." Vos fautes ont dérangé cet ordre, vos péchés ont écarté de vous ces biens. » (Jr 5, 24-25).

« Aussi, moi je vous ai refusé la pluie, juste trois mois avant la moisson ; j'ai fait pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne faisais pas pleuvoir ; un champ recevait de la pluie, et un champ, faute de pluie, se desséchait ; [...] J'ai envoyé parmi vous une peste, comme la peste d'Egypte. [...] Je vous ai frappés par la rouille et la nielle, j'ai desséché vos jardins et vos vignes; vos figuiers et vos oliviers, la sauterelle les a dévorés; et vous n'êtes par revenus à moi! Oracle de L'Eternel. » (Am 4, 7.9.10).

Mais, comme s'il avait prévu l'objection, l'abbé Arbez se prévaut d'épisodes bibliques qui semblent nier catégoriquement la thèse qu'il combat. Examinons brièvement ses arguments.

« Le créateur interviendrait-il en personne lorsqu'il y a un séisme ou un cyclone ? Non, répond le prophète Elie au mont Horeb. D.ieu ne manifeste pas aux êtres humains sa présence par le tremblement de terre ou par l'ouragan, mais par l'effleurement d'une brise légère, signe de son Esprit qui parle au cœur de l'homme sans brutalité. »

La forme littéraire, parfaitement légitime au demeurant, de ce développement, peut induire en erreur des lecteurs peu familiers de l'Ecriture Sainte. En effet, la perception, par Elie, des différentes étapes de la manifestation théophanique dont il a été le bénéficiaire, ne peut servir à réfuter les affirmations d'autres prophètes que Dieu utilise les forces de la nature pour châtier ou corriger son peuple. Et la conclusion selon laquelle « l'effleurement d'une brise légère » est « signe de son Esprit qui parle au coeur de l'homme sans brutalité », est de l'ordre du midrash plutôt que de celui de l'exégèse.

Autre développement, apparemment plus convaincant, de l'abbé Arbez :

« La tour de Siloé qui s'est effondrée sur la foule à Jérusalem a-t-elle été renversée par Dieu pour châtier les passants de leurs fautes ? Non, réagit aussitôt Jésus, car D.ieu n'exprime pas sa gloire dans la mort. Il est le Dieu des vivants, et il incite sans cesse à promouvoir la vie, y compris au milieu des malheurs et des pires épreuves [...] »

Je reviendrai, en fin d'article sur cet épisode, mal ou insuffisamment compris par la quasi-totalité des biblistes et du clergé, me contentant pour l'instant de d'exprimer ma réserve à l'égard de ce développement homilétique, décalé par rapport à l'événement relaté par l'Evangile. S'il est bien évident que Dieu « n'exprime pas sa gloire dans la mort » et qu'il « incite sans cesse à promouvoir la vie, y compris au milieu des malheurs et des pires épreuves », ces truismes ne solutionnent ni n'éclairent l'aporie à laquelle ce discours est censé répondre.

Suivons encore l'abbé Arbez :

« Il s'agit par conséquent aujourd'hui de concilier l'apport scientifique en matière de gestion des catastrophes, avec la conscience éthique émanant de la responsabilité confiée par D.ieu aux êtres humains pour continuer l'œuvre de création. [...] Plutôt que de rechercher des rituels magiques rassurants pour conjurer le mauvais sort, la véritable attitude spirituelle est donc créative, c'est celle de l'intelligence des phénomènes naturels, de la réflexion sur la manière d'habiter la terre, la compassion avec les victimes et la solidarité avec les plus exposés. »

Impossible de ne pas remarquer que l'ecclésiastique passe brusquement de la réflexion théologique aux considérations scientifiques et éthiques, fort respectables, certes, mais qui n'éclairent nullement la problématique étudiée dans cet article.

Même remarque pour ce qui suit :

« Il est de ce fait urgent également de discerner entre catastrophes liées aux lois de la nature, et tragédies provenant des responsabilités de l'homme, comme le risque nucléaire, les épidémies par contagion, les famines pour cause de mal développement, les drames liés au terrorisme, etc. La tradition biblique refuse par principe toute résignation devant ces problèmes. »

Justes, et même indiscutables en leur principe, ces considérations rationnelles et éthiques ne font pas avancer d'un pouce la réflexion – qui, je le rappelle se voulait religieuse – proposée par l'ecclésiastique, et qu'il clôt par un dernier exemple, qualifié par lui, à tort me semble-t-il, de « significatif » :

« Exemple significatif : devant une grande foule affamée, Jésus dit à ses disciples qui attendaient de lui un geste magique : donnez-leur vous-mêmes à manger… C'est alors qu'un enfant offre spontanément le peu qu'il a pour le partager, c'est le début du vrai miracle, une multiplication des chances pour résoudre la situation, et une véritable bénédiction. Cette détermination et cette simplicité de cœur devraient inspirer nos contemporains dans beaucoup de domaines, et enclencher de ce fait des manières plus humaines de traiter les problèmes. »

Récit étrange. D'où l'abbé Arbez tire-t-il que « les disciples [de Jésus] attendaient de lui un geste magique » ? Je ne m'attarderai pas sur cette expression, incongrue dans un contexte juif, où l'on parlait plutôt de « miracle » ou de « signe », et sans aucun rapport avec la magie. Par contre, je crois indispensable de récuser la sollicitation indue de l'Ecriture, que constitue la présentation de l'épisode de l'enfant censé avoir « offert spontanément le peu qu'il avait pour le partager », à savoir « cinq pains d'orge et deux poissons ». Le récit évangélique relate sobrement le fait, en ces termes :

« Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: "Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde?" » (Jn 6, 8-9).

Et la suite du texte ne permet pas d'accréditer la version « caritative » des faits , qu'en donne l'abbé Arbez. En réalité, l'enfant en question se trouvait avoir ces maigres provisions de bouche. La chose a été rapportée à Jésus par André, le reste est l'affaire du thaumaturge qui, partant de ce peu de nourriture, la multiplie à l'extrême. La conclusion que croit devoir tirer l'abbé Arbez de l'événement, à savoir que « cette détermination et cette simplicité de cœur devraient inspirer nos contemporains dans beaucoup de domaines, et enclencher de ce fait des manières plus humaines de traiter les problèmes », s'apparente plus à une interprétation idéalisée et moralisante des faits, qu'à une réflexion théologique digne de ce nom. C'est le genre de propos qui clôt maints sermons chrétiens, mais il est, en la circonstance, déconnecté de la réalité, et même en total porte-à-faux avec le texte évangélique. En effet, cette présentation des choses pourrait induire l'idée erronée que, si les hommes avaient « des manières plus humaines de traiter les problèmes », Dieu ferait peut-être des miracles. Non, vraiment, avec toute la considération que j'ai par ailleurs pour l'abbé Arbez je ne puis laisser écrire une telle chose sans réagir. Le contexte de la « multiplication des pains » n'a aucun point commun avec celui du monstrueux typhon qui a dévasté les Philippines, et aucune « manière plus humaine de traiter ce problème » (ce à quoi s'emploient les volontaires sur place) ne fera advenir un miracle de même nature que celui que relate l'Evangile.


Pour finir, j'en viens, comme promis plus haut, à l'épisode biblique, évoqué mais non correctement interprété, par l'abbé Arbez. Je cite l'intégralité du passage dans lequel s'inscrit la chute meurtrière de la Tour de Siloé :

« En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit: "Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement. Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même." » (Lc 13, 1-5).

Sauf erreur, rarissimes sont les prédicateurs chrétiens qui osent se lancer dans l'interprétation de ce passage, souvent lu superficiellement. On en tire généralement argument pour justifier l'interprétation, rationnelle, selon laquelle Dieu n'intervient pas dans le cours historique des événements, et encore moins ne se sert des forces de la nature pour punir les pécheurs.

Tout autre est la conclusion que tire Jésus des deux catastrophes locales de l'époque, qui ont amené ses contemporains à l'interroger sur le sens à donner à ces événements. Il faut rappeler que, selon le judaïsme traditionnel, les accidents, les morts subites, et plus généralement tous les drames (y compris les guerres) sont considérés comme la punition divine des fautes de celles et ceux qui en sont victimes, ou de leurs ascendants. Jésus récuse cette conception. L'étonnant, ici, ce n'est pas cette récusation, qui correspond si bien à notre mentalité moderne « éclairée », mais la conclusion que tire Jésus de ces épisodes meurtriers, à savoir, qu'il arrivera la même chose aux membres de son peuple, s'ils ne se repentent pas de leurs péchés.


Je ne suis ni prêtre ni prédicateur, Dieu merci ! Mais si, par hypothèse, je devais exprimer mon sentiment, devant un auditoire de croyants – Juifs ou Chrétiens –, à propos de la catastrophe effroyable qui vient de frapper des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants des Philippines, je leur citerais la réponse de Jésus. Et même, j'oserais affirmer que, oui, les accidents et catastrophes – qu'ils touchent un seul individu ou un grand nombre de personnes – doivent être considérés comme des signes, non de la colère ou de la vengeance de Dieu, mais comme des avertissements et des rappels que nous risquons le même sort si nous ne revenons pas à Dieu de tout notre coeur.

Ceci étant dit, il serait tout aussi erroné de croire qu'il suffit d'être fidèle à Dieu ou même d'être sans péché pour être assuré de ne pas périr, que ce soit accidentellement, ou par suite d'une agression meurtrière. A cet égard, je me souviens d'avoir lu, dans l'un des innombrables témoignages déchirants de témoins ou de rescapés de la Shoah, cette plainte douce d'enfants qu'on enfermait avant de les mettre à mort : « Maman, pourquoi on nous a mis dans le noir ? J'ai pourtant été sage ! »...

Les victimes philippines ont été frappées par le déchaînement des éléments, sans que celui-ci puisse être considéré comme déclenché et encore moins comme mérité par leurs péchés. Ce qui leur est arrivé doit nous servir d'avertissement que nous ne sommes pas à l'abri d'un sort semblable, et nous inciter à être toujours prêts à affronter le pire, sans pour autant perdre l'espérance, comme nous y invite en termes admirables le Livre de la Sagesse :

 « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, leur départ a été tenu pour un malheur et leur voyage loin de nous pour un anéantissement, mais eux sont en paix. S'ils ont, aux yeux des hommes, subi des châtiments, leur espérance était pleine d'immortalité ; pour une légère correction ils recevront de grands bienfaits. Dieu en effet les a mis à l'épreuve et il les a trouvés dignes de lui ; comme l'or au creuset, il les a éprouvés, comme un parfait holocauste, il les a agréés. Au temps de leur visite, ils resplendiront, et comme des étincelles à travers le chaume ils courront. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux à jamais. Ceux qui mettent en lui leur confiance comprendront la vérité et ceux qui sont fidèles demeureront auprès de lui dans l'amour, car la grâce et la miséricorde sont pour ses saints et sa visite est pour ses élus. Mais les impies auront un châtiment conforme à leurs pensées, eux qui ont négligé le juste et se sont écartés du Seigneur. » (Sg 3, 1-10).

 

© Menahem Macina

 

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Note


(1) Sans rapport direct avec le contenu de l'article, un/une internaute (juif/juive, semble-t-il), qui signe jysuisjyreste, exprime son agacement de la graphie utilisée par l'ecclésiastique pour le mot « Dieu ». Je cite : « Monsieur l'Abbé, je me demande toujours pourquoi vous écrivez Dieu avec un point après le D. Est-ce une habitude chrétienne ou est-ce par imitation d'un comportement faux de la part de certains de nos Juifs ? Le Rav Léon Asckenazi [lire : Ashkenazi], Manitou, insistait pour que nous perdions cette mauvaise habitude car le mot Dieu n'est pas un des Noms du Créateur, cela vaut pour God, ou Dios, etc., c'est une façon de Le nommer autre que par Son vrai nom qui Lui ne peut être écrit tel qu'Il est prononcé [...] ». Je souscris pleinement à cette remarque.