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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

Les appétits suspects d'Action Contre la Faim [ACF], par Richard Rossin
19/11/2013

 

[Texte courageux et vrai, au style malheureusement négligé, d'où les ajouts/modifications, suppléés par mes soins entre crochets carrés. Je remercie le Dr Giora Hod (Israël) de l'avoir porté à mon attention sur Facebook. (Menahem Macina).]

 

Sur le site du Huffington Post, 18/11/2013

 

Depuis quelques semaines, Action contre la Faim (ACF) diffuse sur son site une vidéo-anniversaire sur les accords d'Oslo. Après visionnage, je constate qu'ACF, comme le fit MSF Belgique en Ouganda, se laisse donc aller à la doxa menteuse qui vise par son unilatéralité, consciemment ou non, à exciter ce que Christophe Ruffin appelle, dans son rapport "l'antisémitisme par procuration". Ce faisant, elle abandonne les Palestiniens, au profit d'une autre haine occidentale qui ne dit pas son nom, et ne leur rend pas service. Mais cela n'est peut-être pas le but.

Oui, les accords d'Oslo furent un espoir immense, mais, finalement, les Cassandre avaient raison... mais pas comme la rumeur le susurre. Donc, ce film diffusé sur le Net commence par les "territoires occupés" depuis 1967. Mais qui avait voulu la guerre en 67 ? Qui avait fait un blocus ? Qui avait créé une coalition appelant à la destruction d'Israël ? Qui avait fait évacuer les casques bleus du Sinaï ? Qui n'en eut cure et ne mit pas à la mer, contrairement à ses engagements, le moindre zodiac pour forcer le blocus d'Aqaba ? Le monde attendait l'annihilation d'Israël et le massacre annoncé de ses habitants, comme le chantait la star égyptienne : "égorge, égorge !".

Si territoires occupés il y a, ils sont de la responsabilité des Occidentaux et de l'ONU, qui n'ont rien fait pour empêcher cette guerre. La Jordanie perdit la Cisjordanie, l'Egypte le contrôle de la bande de Gaza ; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui les territoires palestiniens. Les Israéliens proposèrent immédiatement la restitution des territoires aux pays concernés contre une paix, la réponse instantanée vint de la Ligue Arabe, que l'on appela "les trois Non de Khartoum": non à la paix, non à la reconnaissance d'Israël, non aux négociations...

La mémoire occidentale est très courte surtout quand sa responsabilité est engagée. On n'y aime pas que les juifs survivent de leur seul fait, surtout quand on les abandonne en Holocauste. En Occident, on ne les adore que morts, on les commémore.

Sur le plan filmographique, tout commence par un beau voyage dans les monts de Judée pour y montrer de la misère. Comment ces acteurs de l'action humanitaire peuvent-ils oublier la misère dans tous les pays arabes ? Depuis Oslo justement, il y a une Autorité Palestinienne en charge de ces populations et qui reçoit pour ce faire, tous les ans, des sommes astronomiques de pays en récession économique et d'Israël même. Mais pas un mot sur la corruption et les détournements de fonds (le dernier en date connu: 2 milliards d'euros...) Rien sur le fait que 30 % de l'aide internationale s'adresse aux seuls Palestiniens. Il s'agit évidemment d'accuser Israël... de la gabegie palestinienne et de l'incurie internationale.

Il y a certes une présence militaire. Comment n'y en aurait-il pas ? N'y en a-t-il pas en Europe pour la sécurité des citoyens ? Personne à l'ACF ne prend-t-il le train ou l'avion, ni ne subit-il pas des contrôles de plus en plus [approfondis] du fait de la menace de ceux-là mêmes qui menacent la sécurité au Moyen-Orient et ailleurs ?

J'ai vu ce qu'on ne voit pas dans ce "document-taire": des Israéliens, y compris militaires et religieux, [volant] au secours de Palestiniens. En revanche, je n'ai jamais vu l'inverse. Je n'ai pas vu, dans le film, d'Israéliens victimes de la peur et de la violence ; pudeur probablement. En revanche, on voit bien l'inverse.

J'ai [entendu] parler de colons et de colonies ; nous sommes spécialistes, la paille et la poutre ! Et nous ne sommes pas les seuls en Occident et en Orient. Mais il n'y a que le Président Abbas qui veut un apartheid avec une Palestine Judenrein. Puis-je rappeler qu'il y a, en Israël, 20 % de citoyens musulmans qui jouissent de tous les droits, et quatre partis Arabes représentés à la Knesset ? Puis-je rappeler que les colons responsables d'exactions (ça arrive) sont poursuivis par la justice israélienne, mais que les meurtriers palestiniens sont des héros pour l'Autorité Palestinienne, quels que soient les massacres qu'ils ont pu commettre.

Oui, il y a des contrôles, probablement plus stricts que dans les aéroports et les gares en Europe et aux Etats-Unis. Oui, il y a un mur de sécurité, et il a fait chuter de 99% les attentats – voulez-vous encore plus de morts ? Mais peut-être n'est-ce pas grave, parce qu'ils sont Israéliens. Des murs, il y en a partout dans le monde, y compris au Moyen-Orient et d'ailleurs, avant 67, les frontières étaient étanches et hérissées de barbelés, on parlait d'un Israël-ghetto. N'est-ce pas une frontière que tous appellent de leurs vœux, et avez-vous vu une frontière sans contrôle ? Demandez encore à des Maghrébins, ou des Africains, comme il est facile de venir en France.

Et les accusations de vol de terre pleuvent (la pluie, la vraie, est une bénédiction dans ce pays), il ne s'agit pas d'expropriations, mais de terrains d'Etat qui ne représentent pas 3 %. Les accusations de vol d'eau [se multiplient] aussi, mais les réseaux d'adduction, comme les réseaux routiers, ont été réalisés par les seuls Israéliens, et finalement, l'accusateur admet n'avoir pas payé à temps... La dette de l'Autorité Palestinienne pour l'eau atteint aujourd'hui plus d'un million de shekels (monnaie locale). On y parle de destructions de maisons : mais laisse-t-on construire sans permis en France ou ailleurs dans le monde ? Il n'y a pas de destruction sans décision de justice, même Marion Fesneau-Castaing le sait. Les soins médicaux lourds [dont bénéficient les] Palestiniens (comme actuellement les blessés syriens) sont [autorisés] par les horribles Israéliens.

Le film est parsemé d'images de Juifs religieux israéliens, pourtant minoritaires, ils plaisent manifestement moins que les imams radicaux palestiniens, plus que majoritaires et [pourtant invisibles] comme les Israéliens laïques...

Finalement, je n'ai vu, dans ce film qui se prétend évidemment objectif, que des Palestiniens présentés comme des non-militants et des activistes violemment anti-Israéliens connus... Juste pour l'impartialité et l'objectivité.

Je ne dis pas que tout est simple et qu'Israël fait toujours bien, mais dire qu'il fait tout mal... La charte d'Action Contre la Faim [se targue d'] "indépendance, neutralité, non-discrimination, accès libre et direct aux victimes, professionnalisme et transparence". Ici, on a vu que ce qu'on veut bien montrer : on n'a faim que des problèmes qu'ACF veut exploiter et on prendra bien un thé Darjeeling vers 5 heures pour en discuter.

Je sais bien qu'en apportant de l'aide à des hommes qui souffrent, on a pour eux une grande et légitime empathie et qu'on ne voudrait pas ressembler à la Croix-Rouge qui visita autrefois le camp de Theresienstadt. Mais là, curieusement, il n'y a plus aucune distance. Avec ce film, une association humanitaire [collabore] pleinement à attiser une haine que [certains de ses] anciens présidents avaient voulu combattre.

J'avais vu naître ACF. J'avais connu un autre [type d'action] humanitaire.


© Richard Rossin


Richard Rossin est écrivain, senior fellow de l'European Fondation for Democracy, ancien secrétaire général de MSF, co-fondateur de Médecins Du Monde, ancien vice-président de l'Académie Européenne de Géopolitique, ancien délégué général du Collectif Urgence Darfour.