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Menahem Macina

Au Pape de Rome - 2002 Mise à jour mars 2014
Menahem Macina
12/03/2014


Au Pape de Rome, Menahem Macina

Lire auparavant : Dure allocution papale sur le conflit israélo-palestinien ;
Réaction à l'allocution papale sur le confit israélo-palestinien.



Au Pape de Rome...

qui n'a pas émis une parole de réprobation pour le discours, violemment antisémite, prononcé devant lui par le président Assad de Syrie 1 ;

qui n'a jamais dénoncé la négation, par les autorités politiques et religieuses palestiniennes, de l'existence du Temple 2 , ni leur désécration des lieux saints juifs;

qui n'a jamais condamné le principe même des attentats-suicide, alors qu'ils déshonorent l'image de Dieu ;

qui n'a pas eu le moindre mot de compassion pour les assassinés du Seder de Pâques 3 ;

qui flétrit l'agressé qui se défend, en faisant l'impasse sur les horreurs de l'agresseur ;

et qui, aujourd'hui, conteste implicitement la légitimité de la présence d'Israël sur le sol de ses ancêtres,

en parlant des Palestiniens « chassés de leur terre » ;

en reprochant à Israël de pratiquer des punitions collectives et de violer la liberté de culte ;

qui, enfin, appelle à une intervention internationale pour imposer une solution,
dont il sait qu'elle ne pourra être que défavorable à Israël,
tant est énorme le poids des intérêts sous-jacents à ce conflit…

cette mienne plaidoirie en faveur d'Israël…

J'affirme que vous vous trompez de coupable. Ce n'est pas Israël qui a créé cette situation - même si, à certains tournants de son histoire, il n'a pas manqué de tirer parti des occasions, alors avantageuses pour lui, et en particulier des guerres que lui ont imposées les pays arabes, et qu'il a eu l'indécence de gagner.

J'affirme qu'Israël n'est pas l'Etat puissant et cynique que dépeint la démagogie politique et médiatique actuelle, qu'au contraire, c'est un Etat malheureux, déstabilisé, qui s'efforce de protéger sa population, horrifiée par un terrorisme d'une barbarie inouïe.

J'affirme qu'Israël aspire sincèrement à la paix, mais que les conditions qu'on lui impose, pour lui accorder le 'droit' de survivre au Moyen-Orient, sont d'autant plus extravagantes qu'elles n'ont jamais été exigées d'aucune autre nation.

J'affirme qu'Israël sert de faire-valoir négatif à de faux apôtres de la paix, « ayant les apparences de la piété mais reniant ce qui en est la force » (2 Tm 3,5), et dont la prière n'est pas: « Dieu, donne-nous la paix ! », mais: « Juifs, f..-nous la paix ! »

J'affirme que nous allons tout droit vers un nouvel abandon mondial du peuple juif, au motif - controuvé, mais très populaire - qu'il met en danger la paix au Moyen-Orient, voire celle du monde (vieux poncif hitlérien) ; alors que la véritable raison de ce rejet est la crainte d'irriter le monde arabe en prenant fait et cause pour la nation juive, dont le seul tort est d'être l'objet de la vindicte et de la haine irrédentistes de ce dernier, et signe de contradiction pour tous les peuples.

J'affirme que « l'amour s'est refroidi chez un grand nombre » (cf. Mt 24, 12), au point qu'ils sont de plus en plus nombreux ceux « qui disent 'Paix!' alors qu'il n'y a pas de paix » (cf. Ez 13, 10), et qui n'ont cure de la survie d'Israël, pourvu que le cours de leur vie ne soit pas perturbé à cause de la résistance opiniâtre qu'oppose ce peuple au sacrifice que l'on veut faire de son existence, sur l'autel d'intérêts stratégiques, politiques, et financiers colossaux.

J'affirme qu'ils égarent leur peuple, les Pasteurs que Dieu a établis comme « guetteurs », et qui ne l'avertissent pas (cf. Ez 3, 17 ss.) de se désolidariser de ceux « qui se rue[ront] pour disperser [Israël], avec des cris de joie, comme s'ils allaient, dans leur repaire, dévorer un malheureux » (Ha 3, 14).

J'affirme que les Juifs savent qu'en définitive, « Dieu se lèvera pour les prendre en pitié » (Is 30 18) et « se mettra en campagne pour sauver son peuple » (Ha 3, 13). Car, ainsi que le prie le Juif en lisant la Bible, « c'est lui notre espoir, notre confiance depuis notre jeunesse » (Ps 71, 5), et « notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. » (Ps 124, 8).

J'affirme que le reproche de Paul aux Juifs de jadis atteint les Chrétiens de notre époque, qui se dressent contre Israël: « Vous avez buté sur la pierre d'achoppement » (Rm 9, 32-33). Aujourd'hui, la « pierre d'achoppement », est « en Sion », et c'est Israël (cf. Is 8, 14). Qu'ils craignent donc de s'entendre appeler « Satan », par Celui qui a dit à Pierre: « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (cf. Mt 16, 23). Que savez-vous, en effet, des desseins de Dieu sur cet Etat que vous contribuez à diaboliser?

J'affirme enfin que les Chrétiens sont visés par la mise en garde de l'Ecriture, qui figure dans le livre de Job (Job 19, 21-29): « Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis ! car c'est la main de Dieu qui m'a frappé. Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu lui-même, sans vous rassasier de ma chair? […] Lorsque vous dites: "Comment l'accabler, quel prétexte trouverons-nous en lui ?" Craignez pour vous l'épée, car la colère s'enflammera contre les fautes, et vous saurez qu'il y a un jugement. »

Quant à vous, Pontife de la chrétienté, dont plusieurs paroles, écrits et gestes furent si consolants pour notre peuple, durant une partie de votre pontificat, et dont nous augurions le meilleur, n'êtes-vous pas conscient qu'en joignant votre voix à la réprobation quasi universelle dont Israël est l'objet, « vous repoussez le jour du malheur, mais hâtez le règne de la violence » (Amos 6, 3) ? Ne craignez-vous pas de contribuer à l'émergence de la ligue finale de « ces nations en tumulte » (Ps 2, 1), qui se dresseront un jour « contre Dieu et son Messie » (v. 2), avant de s'en prendre à Jérusalem, comme annoncé par le ministère de Zacharie (Za 12, 3) :

« Il arrivera en ce jour-là que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples, et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement.
Et contre elle se rassembleront toutes les nations de la terre. »

J'espère pour vous que vous ne savez pas ce que vous faites (cf. Luc 23, 34),
afin que Dieu vous pardonne…



© 2002 Menahem Macina


(Article paru en 2002 sur le site reinfo-israel.com, fermé depuis des années).





1 Le 5 mai 2001, Jean-Paul II arrive à Damas. Il se rend dans un salon officiel de l'aéroport pour une cérémonie de bienvenue. Le président de la république syrienne lui réserve un accueil chaleureux et très politique.
« Votre sainteté, déclare Bachar el-Assad en arabe, après avoir rendu hommage aux valeurs représentées par le Saint-Siège et présenté les vertus du peuple syrien, nous constatons que la justice est bafouée : les territoires sont occupés au Liban, au Golan et en Palestine. Nous les entendons massacrer les principes de l'égalité lorsqu'ils disent que Dieu a créé un peuple meilleur que les autres [...] Ils violent les lieux sacrés, ils tentent de tuer tous les principes des religions célestes avec la même mentalité par laquelle fut trahi puis torturé le Christ et de la même manière qu'ils ont essayé de trahir et tuer le prophète Mohammed ».
L'assistance - une soixantaine de personnes, essentiellement des religieux musulmans ou chrétiens écoute en silence ces propos, alors que Jean-Paul II semble se recueillir, une main sur la figure. Pour le président syrien,
« la charité, c'est d'arrêter de tuer tout ce qui est arabe par la haine ».
Il insiste :
« Nous tenons à la paix juste et globale, celle qui rend les territoires à leurs propriétaires en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité avec le retour des réfugiés dans leur pays et l'instauration d'un État palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale ».
En conclusion, le président demande au pape, en le remerciant chaleureusement pour sa présence, d'être
« à nos côtés, contre les oppresseurs, pour que les Arabes récupèrent ce qui leur a été volé sans aucun droit ».

Extraits de la réponse de Jean-Paul II à Assad

« Si souvent les espoirs de paix se sont levés pour être ensuite balayés par de nouvelles vagues de violences », regrette-t-il. Et de rappeler, comme il l'a fait en janvier 2001, devant le corps diplomatique accrédité au Vatican :
« il est temps de retourner aux principes de la légalité internationale : interdiction de l'acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, respect des résolutions de l'ONU et des conventions de Genève ».
Entérinement indiscutable de la diatribe anti-israélienne d'Assad. Pas le moindre regret des propos antisémites du jeune président syrien, pas la moindre distanciation non plus.

2 Voir «  ».

3 Il s'agit de . Il aurait dû être flétri avec plus de force que les autres, car il a été perpétré durant une commémoration religieuse (le repas rituel de Pâques).