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Christianisme

David Cameron va-t-il défendre les Chrétiens persécutés
Ed West
20/04/2014


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David Cameron devrait faire davantage pour mettre un terme à la persécution des Chrétiens. (Photo credit: THOMAS COEX/AFP/Getty Images)


Titre original anglais : Will David Cameron stand up for persecuted Christians ?”, article en ligne sur le site de The Spectator, 18 avril 2014.


Traduction française par Menahem Macina pour debriefing.org


La semaine dernière, David Cameron en a surpris beaucoup lorsque, au cours d'une rencontre pré-pascale à Downing Street, il a parlé religion. Non pas à la manière de la classe politique, consistant à parler de toutes les confessions de foi, dans leur diversité, mais de sa propre foi chrétienne. James Forsyth écrit sur les implications de cette démarche dans le magazine de cette semaine.

Mais ce qui a été le plus surprenant c'est que le Premier ministre soit allé plus loin en affirmant que « notre religion » est la plus persécutée du monde et qu'il « espère faire mieux connaître la persécution des Chrétiens ». Et d'ajouter : « Nous devons nous opposer à la persécution des Chrétiens et d'autres groupes religieux partout et à chaque fois que nous le pouvons, et nous ne devons pas avoir honte de le faire. »

C'est vraiment une avancée. Le Premier ministre avait, en de nombreuses occasions, parlé d'islamophobie et d'homophobie, il avait exprimé son opinion sur les grands du football et sur [la présentatrice d'émissions culinaires à la télévision britannique] Nigella Lawson. Mais sur l'un des plus grands événements de notre époque – la persécution des Chrétiens –, lui et ses collègues de haut rang n'avaient rien trouvé à dire.

Selon les estimations les plus fiables, quelque sept à huit mille Chrétiens sont tués pour leur foi, chaque année. Mais, à l'exception de la Chine et de la Corée du Nord, l'épicentre de la persécution est le Grand Moyen-Orient, et c'est une histoire dans laquelle la Grande-Bretagne a été non seulement négligente mais complice.

En ces jours de fêtes de Pâques, le Premier ministre, comme la plupart d'entre nous, sera en famille, et nous lui souhaitons tous paix et tranquillité. Pour les Chrétiens de Homs, ce sera une tout autre histoire. Cette ville antique dont l'existence remonte à 2 300 avant l'ère chrétienne, et qui fut le théâtre d'une grande bataille de chars entre le Pharaon et les Hittites, était le lieu de résidence de plus de 50 000 Chrétiens au début de la guerre civile syrienne en 2011. Il n'en reste aujourd'hui qu'une vingtaine de mille dans la vieille ville.

La semaine dernière, un prêtre néerlandais âgé de 75 ans, le Père Franz van der Lugt, a été assassiné dans la vieille ville assiégée contrôlée par les rebelles, devenant le plus récent martyr chrétien dans cette région ensanglantée ; selon une théorie, le P. Franz a été abattu pour avoir aidé un groupe de vingt personnes à franchir les lignes. Le P. Franz, un jésuite comme le pape François, a passé cinquante ans dans ce magnifique pays et a enduré les trois ans de siège de Homs, choisissant de rester alors qu'il aurait pu partir.

Dans tout le pays de Saint Paul, des communautés chrétiennes ont été dispersées par des milices islamistes. On rapporte qu'en septembre dernier, des Jihadistes se sont emparé de la ville antique de Ma'loula, ont enlevé 12 religieuses et exécuté trois Chrétiens qui refusaient d'abjurer leur foi, et ce juste quelques semaines après que David Cameron et Barack Obama aient tenté d'intervenir militairement aux côtés des rebelles. En novembre [2013], des dizaines de corps ont été découverts dans le village chrétien de Sadad, après que des rebelles liés à Al-Qaeda l'aient brièvement occupé.

Dans l'Iraq tout proche, une population chrétienne d'un million cinq cent mille âmes, n'atteint guère plus aujourd'hui qu'un dixième de ce chiffre, grâce aux actions de ces pieux chrétiens que sont George W. Bush et Tony Blair. Au printemps dernier, le patriarche d'Iraq a déclaré que le pays n'a plus que 57 églises sur les 300 qu'il comptait avant l'invasion ; 70 églises ayant été bombardées durant cette période. Et tandis qu'un total de 4 487 Américains et 179 Britanniques ont perdu la vie pour la liberté de l'Iraq, l'Amérique a présidé à l'islamisation du pays ; la constitution iraquienne de 2005 inclut des éléments législatifs discriminatoires de la Sharia, à la grande détresse des minorités anciennes de ce pays.

Malgré le désastre de l'Iraq, les gouvernements britannique et américain étaient impatients à l'idée de renverser le Président Bashar Assad, dès le début des hostilités. Comme dans le cas de l'Iraq, n'importe qui aurait pu voir qu'avec la suppression du régime d'Assad, les minorités religieuses du pays seraient extrêmement vulnérables aux attaques des extrémistes sunnites. Et c'est ainsi qu'au début de 2012 des militants ont expulsé 90 % des Chrétiens de Homs ; des Salafistes allant de maison en maison « pour ordonner aux Chrétiens de fuir, sans leur laisser la moindre chance d'emmener leurs biens » ; en avril 2012, pour la première fois depuis des siècles, aucune célébration pascale n'a eu lieu dans cette ville. En septembre dernier, un important homme d'Église syrien, a affirmé qu'un tiers des un million sept cent cinquante mille Chrétiens que comptait le pays avant la guerre, ont fui leurs maisons.

Et pourtant c'est à peine si le gouvernement britannique a cillé. Quand la Russie a voté une loi interdisant la promotion de l'homosexualité, David Cameron a invité Stephen Fry à un drink pour discuter de la réaction britannique. Quand, en septembre dernier, le plus important dirigeant chrétien de Syrie, le patriarche Gregorios III, vint en Angleterre pour parler de la persécution, on lui accorda juste un peu de temps avec un fonctionnaire de rang inférieur du ministère des Affaires étrangères. Bien sûr, il n'a pas beaucoup d'abonnés sur Twitter, mais un Premier ministre chrétien aurait sûrement pu trouver du temps pour le recevoir.

Le gouvernement américain a fait pire encore. Selon Nina Shea, du Center for Religious Freedom, le gouvernement américain est à la fois « ignare et naïf » en matière d'islamisme, et il s'abuse lui-même. Dans Persecuted: The Global Assault on Christians (Persécutés: l'assaut mondial contre les Chrétiens), Shea et ses co-auteurs, Lela Gilbert et Paul Marshall, montrent qu'après le massacre perpétré dans une église de Bagdad, le 31 octobre 2010, dans lequel 52 personnes furent assassinées, la Maison Blanche publia une déclaration qui ne faisait aucune mention de l'endroit où les attaques avaient eu lieu, ni une allusion à la religion des victimes. Ce fait est décrit comme « le moment fatidique pour les Chrétiens d'Iraq », qui prenaient maintenant conscience que l'Occident ne les aiderait pas.

Après le massacre de Maspero, en octobre 2011, quand l'armée égyptienne ouvrit le feu sur des chrétiens non armés, tuant 28 d'entre eux, la Maison Blanche déclara : « C'est maintenant le temps de la modération pour toutes les parties, de sorte que les Égyptiens puissent avancer ensemble pour forger une Égypte forte et unie. ». On ne fit pas mention de l'identité des tueurs et des victimes, ni allusion à ceux à qui incombait la faute.

Une illustration encore plus étrange de la pensée du gouvernement américain eut lieu le jour de Pâques 2012, quant 39 civils furent massacrés par une explosion-suicide dans l'église protestante de Kaduna, au nord Nigeria. Ce jour-là, la secrétaire d'État Hillary Clinton publia seulement un communiqué de presse sur les préjugés anti-Roms en Europe, affirmant qu'« aujourd'hui, nous célébrons l'histoire, l'influence et la culture du peuple tzigane ».

S'agissant des médias, la couverture par BBC News est très mince ; le massacre de l'église de Tous les Saints, à Peshawar, en septembre 2013, dans lequel 78 personnes, dont 34 femmes et 7 enfants, furent assassinés, n'a eu droit qu'à deux minutes dans le programme Today (Aujourd'hui), mais ne fut même pas mentionné dans le journal télévisé de la BBC le lendemain.

Le Pakistan est le bénéficiaire de la plus importante aide financière britannique : le pays reçoit cinq cents millions de Livres par an pour des projets divers, et ce pactole va dans ses coffres sans un mot de protestation pour son traitement des minorités – pas seulement des Chrétiens, mais aussi des sectes islamiques non orthodoxes. Récemment un médecin de la mouvance [réformiste messianiste musulmane] Ahmadiyyia, âgé de 72 ans, a été arrêté sous inculpation de blasphème, pour avoir cité un passage du Coran.

Au sein du gouvernement, seule la baronne Warsi, une musulmane, a soulevé le problème de la persécution des Chrétiens, mais son comité consultatif sur la persécution, récemment constitué, donne l'impression que l'écrasante majorité des victimes de persécutions sont musulmanes.

Outre les délégués de Liberty, d'Amnesty et de la British Humanist Association, Tariq Ramadan, un universitaire égypto-suisse – dont on affirme qu'il a exprimé son admiration pour le clerc musulman intransigeant Yusuf al Qaradawi – fait partie du groupe des 15 délégués, dont un seul est Chrétien, alors que l'évêque Michael Nazir-Ali, le plus grand expert du pays en matière de persécutions religieuses au Pakistan, n'a même pas été consulté.

Pourquoi la Grande-Bretagne devrait-elle s'en soucier ? Même si nous n'avons aucune obligation morale, d'un point de vue purement intéressé, les Chrétiens ont depuis longtemps constitué un pont entre l'Orient et l'Occident, et ont contribué à diffuser des idées occidentales – il est significatif que ce soit un Chrétien libanais, Charles Malik, qui a aidé à rédiger le projet de la Déclaration des Droits de l'Homme de l'ONU. Un Moyen-Orient sans ses minorités serait un endroit plus hostile pour nous, et pire pour les habitants de cette région.

Si David Cameron prenait sa foi au sérieux, il ferait de cela une priorité de politique extérieure, et annulerait une partie de l'héritage de son prédécesseur Tony Blair. Sinon, il se pourrait qu'il n'y ait plus beaucoup de fêtes de Pâques à célébrer dans ce berceau de la foi chrétienne.


© Ed West* et The Spectator


* Ed West est rédacteur en chef adjoint du Catholic Herald, et auteur de The Silence of Our Friends et de The Realm: The True history behind Game of Thrones.