Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

Un square pour un vieil indigné qui traitait Israël d'assassin
Menahem Macina
14/05/2014

Sur sa page Facebook, l'Union des Anciens de l'Université Libre de Bruxelles fait savoir que le Recteur de l'Université a accepté sa proposition de donner le nom de Stéphane Hessel aux pelouses qui entourent la statue de Théodore Verhaegen. Celles et ceux qui, comme moi, n'ont pas pardonné au vieil « indigné médiatique » ses incitations à la haine d'Israël, n'iront pas « cracher sur sa tombe », mais je gage qu'ils éprouveront un soulagement et même un certain plaisir, à FOULER le carré de pelouse que l'Université Libre de Bruxelles a dédié à l'érection d'un square à sa mémoire !


Du coup, je mets en circulation cet article, que j'avais rédigé en janvier 2011, et qui s'intitulait « Un si long silence : Qu'a fait M. Hessel depuis 1945 ? ». Il a été refusé par plusieurs médias juifs, y compris par ceux qui se targuent de soutenir inconditionnellement Israël. Oublié, même par moi, il traînait quelque part sur mon disque dur. Cette affaire de square à la mémoire du vieillard, aujourd'hui défunt – qui brûla ses derniers feux pour une mauvaise cause, en mettant sa réputation surdimensionnée  au service de la haine d'Israël – m'a convaincu de rendre public cet inédit. Ce sera mon épitaphe pour le « grand homme ».


Avant son « opus maior » et best-seller, Indignez-vous ! (Pour une insurrection pacifique), 40 pages, 3 euros, éditions Indigènes, oct. 2010,  Stéphane Hessel, né en 1917, n'aura publié que deux livres (uniquement autobiographiques) : Danse avec le siècle (autobiographie) Seuil, 1997, et Dix pas dans le nouveau siècle, Seuil, 2002 (1). En comparaison, Jean D'Ormesson, son presque contemporain (il est né en 1925), apparaît comme un auteur prolixe, avec 34 ouvrages publiés.

Quand on connaît les grandes lignes du passé de l'ex-déporté politique, auréolé de gloire et de respectabilité et amplifié aux dimensions d'une légende par des médias peu regardant en matière d'objectivité, on est tenté de s'interroger  sur les raisons de ce long silence antécédent, et surtout de se demander quel a été l'événement déclencheur de cette soudaine « indignation », dont son opuscule a fait un produit de grande consommation.

Comme l'ont noté quelques trop rares critiques qui ont su résister au tsunami d'adulation dont est l'objet ce grand taiseux, devenu soudain si prolixe dans les médias, il est tout de même étrange que ce presque centenaire, au passé si glorieux, prenne soudain feu pour la seule cause palestinienne, comme si d'elle dépendait le sort de la planète, ou qu'elle constituait le comble de l'injustice et de l'horreur. Ce qui lui vaut ce jugement terrible d'un haut magistrat français (2) :

Au fond, cet homme sur lequel se seraient concentrées les vertus de vérité, de justice et d'équité n'est pas aussi exemplaire, aujourd'hui, qu'il l'était hier dans les épreuves et les honneurs qu'il a connus. Il a décidé de gommer toute une part de la réalité. Il s'épargne les embarras du choix et de la conscience en félicitant, par exemple, les Palestiniens d'avoir sauvegardé les droits des enfants à Gaza alors qu'ils s'en servaient parfois comme boucliers. Il est commode et facile de jouer au "juste" quand on ne tient jamais les deux bouts de la chaîne et qu'on a décidé, au nom de son camp, de n'appréhender l'Histoire et les drames du monde qu'avec un regard délibérement mutilé. S'il faut choisir, je préfère mille fois les affres d'un Finkielkraut aux suavités partisanes d'un Stéphane Hessel. L'un prend en charge le tout pour penser quand l'autre n'en saisit qu'une partie pour militer.

Réagissant à la phrase suivante : « Aujourd'hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie », un autre critique commente (3) :

[…] attitude légitime et respectable, mais qui contient difficilement la colère haineuse qui altère son flegme poétique chaque fois que, dans un débat, il est question d'Israël. Faisant le décompte des pertes de l'opération « Plomb durci » qui a provoqué la mort de plus d'un millier de Gazaouis, il remarque qu'elle a fait « seulement » une cinquantaine de blessés du côté israélien, et on y sent l'ombre d'un regret, d'autant qu'il croit bon ajouter cette énormité : « Que des Juifs puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre, c'est insupportable ». Comme si quoi que ce soit, dans leur qualité, leur passé, leur souffrance, devait les préserver, les immuniser ou leur interdire de se comporter salement comme tous les hommes sous toutes les latitudes en tous temps, car toute guerre est une sale guerre. […] Imaginez mais ne cherchez pas, car cela n'y est pas. Vous n'y trouverez pas […] d'indignation sur la violation des droits de l'homme en Birmanie, en Chine, en Iran, en Corée du Nord, en Libye, en Tunisie et dans tant d'autres pays, car l'indignation de Stéphane Hessel est à géométrie variable. Manifestement, sa boussole intérieure s'est bloquée sur ce pays honni [Israël].


« Israël assassin ! » (lien au clip video)


On suspectera, bien sûr, ces deux auteurs de parti pris tribal. Admettons. Mais ce qui ne souffre pas de discussion, parce qu'il s'agit d'un fait indiscutable et documenté, unique, sauf erreur, dans les annales du discours public d'un intellectuel (si tant est que M. Hessel en soit vraiment un), c'est d'entendre, de la bouche de ce patriarche que d'aucuns considèrent comme un maître à penser et un moraliste patenté, un appel à la mort de ses ennemis idéologiques, qui rappelle (tant pis si je me fais scalper pour avoir écrit cela !) les pires éructations antisémites nazies : « Israël, assassin ! Israël, assassin ! » (4)


Que vous en semble ?


© Menahem Macina


--------------------


Notes


1. Pour être honnête, il faut encore mentionner un recueil de 88 poèmes : Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité, Seuil, 2006 (rééd. 2010), un livre de conversations avec Jean-Michel Helvig, Citoyen sans frontières, Fayard, 2008, et une préface à l'ouvrage de  Robin Walter, « KZ Dora » Volume 1, Des ronds dans l'O, 2010, c'est peu, pour un homme de sa trempe.

2. Philippe Bilger, Ne vous indignez pas !.

3. Pierre Assouline, A-t-on le droit de ne pas s'indigner avec Stéphane Hessel ?.

4. Voir le clip vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=rj4-FhdrXes&feature=player_embedded.