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Un Munich palestinien?
Menahem Macina
04/06/2014

C'en est fait. L'impensable semble bien s'être produit, ou être sur le point de se produire. Par la voix de la porte-parole de la Maison Blanche, les États-Unis ont exprimé leur intention de travailler avec le nouveau « gouvernement de consensus » palestinien, soutenu par le Fatah mais aussi par le Hamas, une organisation qualifiée de « terroriste » tant en Israël qu'aux États-Unis. Un porte-parole du département d'État américain a déclaré: « À la lumière de ce que nous savons, nous travaillerons avec ce gouvernement ». Plusieurs ministres israéliens ont durement critiqué l'administration Obama, jugeant qu'Israël a été victime d'« un coup de poignard dans le dos ».

C'est sur cette toile de fond événementielle que j'ai repris à mon compte, dans un échange récent avec des internautes sur Facebook, une comparaison qui peut paraître non seulement inadéquate, mais scandaleuse, en me référant à la virulente déclaration, faite en 2001 par l'ancien Premier ministre israélien, Ariel Sharon, aujourd'hui défunt :

« J'appelle les démocraties occidentales, en premier lieu les chefs du monde libre, les États-Unis, à ne pas commettre à nouveau l'erreur terrible commise en 1938, lorsque les démocraties européennes ont sacrifié la Tchécoslovaquie pour une solution provisoire […]. N'essayez pas de vous entendre avec les Arabes à nos dépens. Nous ne l'accepterons pas. Israël ne sera pas la Tchécoslovaquie. »

Sans mépriser l'adage bien connu, « comparaison n'est pas raison », il me semble que le parallèle avec l'abandon de la Tchécoslovaquie est aujourd'hui pertinent, mutatis mutandis. Au coup de colère de Sharon, il y a 13 ans, correspond l'expression publique récente, peu diplomatique, d'un dissentiment officiel israélien à l'égard de ce tournant dramatique dans l'attitude américaine envers l'Autorité Palestinienne. Dans l'entourage du Premier Ministre Netanyahou, on ne cache pas le sentiment de déception, voire d'exaspération. Tout cela rappelle, même si c'est de très loin le climat délétère qui a présidé aux accords de Munich.

Certes, Obama n'est pas le dictateur génocidaire Hitler, et l'Administration américaine n'a rien de commun avec le gouvernement national socialiste des années de guerre. Mais tout de même, il est difficile de nier l'analogie. Tout d'abord, il est clair qu'Israël paie sa fermeté (« son entêtement », disent ses ennemis) à ne pas céder aux exigences excessives de la partie palestinienne. Le camouflet qu'a infligé au secrétaire d'État Kerry l'échec des négociations israélo-palestiniennes - dont plusieurs diplomates imputent la responsabilité à l'État juif – a laissé des cicatrices qui seront longues à guérir. Les Américains détestent qu'on leur résiste. Israël n'est qu'une composante de leur complexe stratégie moyen-orientale, voire mondiale, et le petit État démocratique n'a qu'un poids géopolitique infime, comparé à l'influence, directe ou indirecte qu'exercent certains États arabes, en raison de leur énorme richesse et du fait qu'ils détiennent une grande partie des ressources énergétiques.

Il nous est difficile, voire impossible d'imaginer que l'Amérique puisse tourner le dos à Israël. C'est une erreur d'analyse dramatique. Elle le fera sans aucun doute si ses intérêts stratégiques majeurs sont en jeu. Ce n'est pas encore le cas, mais cela peut advenir. En tout état de cause, la stratégie des acteurs politiques arabes anti-israéliens les plus influents semble être de convaincre les Américains qu'ils ont misé sur le "mauvais cheval" en soutenant Israël dans presque toutes ses entreprises, et de "vendre" à l'opinion publique l'image d'un État israélien intraitable, qui pratique l'apartheid et tient tête à toutes les nations, mettant ainsi en danger la paix mondiale. La propagande à la Goebbels a encore de beaux jours devant elle.

En conséquence, le machiavélisme nazi mis à part, et toutes proportions gardées, oui, le risque existe bien qu'Israël ait le sort de la Tchécoslovaquie, c'est-à-dire qu'on l'accule à en passer par les volontés de ses ennemis jurés qui n'ont jamais renoncé à détruire l'État Juif, ou à le submerger démographiquement, et donc politiquement, en l'obligeant à se fondre dans un « État [israélo-arabe] de tous ses habitants », dans lequel l'énorme population arabe dicterait sa loi (et ses observances religieuses, si l'Islam y était majoritaire) à l'infime minorité juive.

Cela paraît incroyable. C'est pourtant ce qui est en train de se jouer sous nos yeux. Il suffit d'observer lucidement ce qui se passe dans une Europe où les États-nations sont considérés avec suspicion comme des survivances d'un passé obsolète, tandis que sont privilégiés des "droits de l'homme » exorbitants, dont l'application aboutit, in fine, à acculer les nationaux à la condition d'étrangers sur leur propre sol, à la manière des « réserves indiennes » du passé.


© Menahem Macina

4 juin 2014