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Christianisme

Sensus fidei et sensus fidelium
Anonyme
04/07/2014

Sensus fidei (ou sensus fidelium)


Constitution dogmatique Lumen Gentium (1964),


Ch. 12. Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrétien


Le Peuple saint de Dieu participe aussi de la fonction prophétique du Christ ; il répand son vivant témoignage avant tout par une vie de foi et de charité, il offre à Dieu un sacrifice de louange, le fruit de lèvres qui célèbrent son Nom (cf. He 13, 15). La collectivité des fidèles, ayant l'onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu'elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu'aux derniers des fidèles laïcs 1 », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, pourvu qu'il lui obéisse fidèlement, le Peuple de Dieu reçoit non plus une parole humaine, mais véritablement la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13), il s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jude 3), il y pénètre plus profondément par un jugement droit et la met plus parfaitement en œuvre dans sa vie.

Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l'ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, « répartissant ses dons à son gré en chacun » (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l'Église, suivant ce qu'il est dit : « C'est toujours pour le bien commun que le don de l'Esprit se manifeste dans un homme » (1 Co 12, 7). Ces grâces, des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement diffusées, doivent être reçues avec action de grâce et apporter consolation, étant avant tout ajustées aux nécessités de l'Église et destinées à y répondre. Mais les dons extraordinaires ne doivent pas être témérairement recherchés ; ce n'est pas de ce côté qu'il faut espérer présomptueusement le fruit des œuvres apostoliques ; c'est à ceux qui ont la charge de l'Église de porter un jugement sur l'authenticité de ces dons et sur leur usage bien ordonné. C'est à eux qu'il convient spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5, 12.19-21).


Commentaire repris du site Clerus


(Le peuple est « sujet » de l'Église, et pas seulement « membre ». Le « Peuple saint » : Développement sur l'Église sainte et qui a en son sein des pécheurs. On pourrait dire que l'Église est pécheresse, même si elle est sainte. Elle est « Casta Meretrix » [chaste prostituée] (St Ambroise).

- le Sensus Fidei est un don.

- le paragraphe commence avec le commandement de l'amour comme mode privilégié de participation aux fonctions sacerdotale, prophétique et royale du Christ. LG 12 insiste sur le fait que l'exercice du sensus fidei est participation à la fonction prophétique du Christ.

- le Sensus Fidei illustre et manifeste l'indéfectibilité de l'Ecclesia tota. Le « manifeste » (manifestat) fut préféré à « exerce » (exercet) pour bien montrer que le sujet est l'Esprit Saint, dont le Sensus Fidei est une manifestation.

- le Sensus Fidei est une propriété du peuple de Dieu et non un charisme.

- L'infaillibilité de l'ecclesia tota sera exprimée dans le texte de LG 12 par : « universitas fidelium » [l'universalité des fidèles]. il s'agit de ce que l'on appelle traditionnellement (Concile de Trente) l'indéfectibilité dans la foi. (Ecclesia in credendo errare non potuit [ne peut se tromper en matière de foi]).

- « falli nequit » [ne peut faire erreur], préféré au « in credendo indefectibilitas » [indéfectibilité dans la foi] : l'Église, grâce à la présence du Christ et à l'action de l'Esprit de Vérité, ne peut dévier de la voie du salut.

- « universalis consensus » : exprime la totalité du peuple de Dieu, hiérarchie incluse.


- Conditions du « sensus fidei » :

1 - sujet : Église entière (l'ensemble des fidèles, des évêques aux derniers des fidèles …)

2 - objet : les vérités concernant la foi et les mœurs, donc le contenu de la Révélation chrétienne (l'infaillibilité concerne ici la foi, et concernera l'enseignement du pape et des évêques au ch. 25 de LG).

3 – forme : l'unanimité (un consentement universel [plutôt : « unanime »])

4 - sous la conduite du magistère sacré : le Sensus Fidei doit être reconnu par le Magistère. + éveillé et soutenu par l'Esprit de Vérité.


Dans cette situation, le rôle du magistère ne se réduit pas à sanctionner un consentement déjà exprimé : il peut en effet prévenir et requérir ce consentement. Et parce qu'il est inséparable du sentire cum Ecclesia [sentir avec l'Église], le Sensus Fidei ne saurait créer une tension entre magistère et peuple chrétien. Bien compris, le Sensus Fidei est un outil au service d'une ecclésiologie équilibrée, de communion. Cf. CTI, in Doc. Catholique 73 (1976), p. 662-665.



1 Cf. Saint Augustin, De Praed. Sanct. 14, 27 : PL 44, 980.