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Contentieux palestino-israélien

La guerre de Gaza a changé la manière dont le monde parle du Hamas
Seth Mandel
13/08/2014

La guerre de Gaza a changé la manière dont le monde parle du Hamas, Seth Mandel

Traduction française, par M. Macina de l'article intitulé « The Gaza War Has Changed the Way the World Talks About Hamas », mis en ligne le 8 août 2014 sur le site de Commentary Magazine. 


Tandis que tous les commentateurs mensurateurs se proposent de déterminer « qui a gagné » l'Opération Bordure de protection, une chose saute aux yeux de tout le monde: l'attitude de la communauté internationale à l'égard d'un après-guerre de Gaza (pour peu qu'elle s'achève et quand elle s'achèvera). Et sur ce chapitre, Israël semble avoir remporté une victoire convaincante. La guerre de Gaza a changé la manière dont le monde parle du Hamas et de la bande de Gaza – et malgré toutes leurs niaiseries à Jérusalem, ce qui se passe est plus ou moins à l'unisson de ce que dit Benjamin Netanyahu.

La semaine dernière, je parlais de la proposition informelle du gouvernement Netanyahu d'une « paix économique » pour Gaza, en échange de sa démilitarisation. Malgré les succès enregistrés, la paix économique n'a jamais été réellement adoptée par la communauté internationale, et quand Netanyahu la proposait, elle était généralement accueillie avec colère et dérision. Mais pas cette fois. Cette fois, le Hamas semble avoir surestimé sa force.

Il est possible qu'il ait été victime de son "succès" macabre en matière de guerre de propagande. Mais le fait est que la communauté internationale est si déchirée par la violence à Gaza, qu'elle veut, plus que jamais, en empêcher la récurrence. Et peu importe ses nombreuses tentatives d'accuser Israël, il semble qu'elle comprenne qu'il n'y a qu'une manière d'empêcher un futur bain de sang : démilitariser, au moins de manière significative, la bande de Gaza.

Arrêtons-nous, par exemple, sur l'administration Obama. Alors que le Président Obama, le Secrétaire d'Etat John Kerry, leur personnel et leurs conseillers avaient l'intention de critiquer publiquement Israël dans les termes les plus durs, on entend dire que le loyal ministre de la Défense du Président, Chuck Hagel, aurait parlé, la semaine passée, en des termes impliquant qu'il considère le désarmement du Hamas comme allant de soi. Et il est encore plus significatif d'apprendre que des dirigeants européens ont pris ce train en marche. Foreign Policy relatait hier soir :

« Selon une copie du plan obtenue par Foreign Policy, des grandes puissances européennes ont esquissé les grandes lignes d'un plan détaillé pour une mission des Nations unies, soutenue par l'Europe, chargée d'observer la levée des blocus israélien et égyptien de la Bande de Gaza et le démantèlement militaire du réseau de tunnels et des arsenaux de missiles du Hamas. »

L'initiative européenne vise à renforcer de larges pourparlers de cessez-le-feu qui sont en cours au Caire. Les Européens espèrent tirer avantage du présent cessez-le-feu humanitaire de 72 heures pour échafauder un plan plus durable destiné à régler des problèmes sous-jacents qui pourraient rallumer la violence entre Israël et les Palestiniens.

A ce stade, on ignore si ce plan européen a le soutien du Hamas, d'Israël et des Etats-Unis. Cependant, il comporte quelques éléments que l'administration Obama juge essentiels, dont la nécessité d'améliorer la situation critique des Gazans, de renforcer le rôle du Président palestinien Mahmoud Abbas, et de garantir la démilitarisation de la bande de Gaza.

Le plan exposé dans un document dit officieux, intitulé « Gaza : prise en charge d'un cessez-le-feu durable », envisage la création d'une mission d'« observation et de vérification », mandatée par les Nations unies, et éventuellement accompagnée de soldats de maintien de la paix de l'Organisation onusienne de Supervision de Trêves (UNTSO), qui a surveillé une série de trêves israélo-arabes dans la région depuis la fin des années 40. Selon ce document, la mission « devrait couvrir les aspects militaires et sécuritaires, tels que le démantèlement des tunnels entre Gaza et Israël, et la levée des restrictions de mouvement et d'accès ». « Il pourrait jouer un rôle dans la supervision des importations de matériaux de construction et de matériel à double usage dont l'entrée dans la bande de Gaza serait autorisée, et dans la réintroduction de l'Autorité Palestinienne. »

L'existence de ce plan est à bien des égards plus importante que ses détails, car il montre que l'Europe est en train d'adopter l'idée de Netanyahu d'une paix économique pour Gaza. Supprimer les restrictions d'importation et d'exportation (ou la majeure partie d'entre elles), en échange d'une véritable démilitarisation, serait un gain évident pour tout le monde, sauf pour le Hamas. En fait, il stimulerait considérablement l'ensemble du processus de paix, car il discréditerait la "résistance" armée, au bénéfice d'une méthode efficace permettant aux Palestiniens de gagner leur autonomie.

Ce serait un véritable revirement si Gaza devenait, en quelque sorte, le principal exemple de l'édification d'un Etat pacifique avec l'aide de la communauté internationale. Toutefois il ne s'agit pas d'une tâche facile, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais le fait que même l'Europe y soit attelée, et espère obtenir de l'ONU qu'elle entérine un tel plan, montre que le principe de désarmer le Hamas et de démilitariser la Bande de Gaza est largement admis.

Que cela se réalise est une autre question, bien sûr, et nul ne doit fonder tous ses espoirs là-dessus, en particulier quand on sait que le Hamas brise même des cessez-le-feu temporaires. De plus, les expériences onusiennes de gestion de telles zones de combat, n'inclinent guère à l'optimisme. Mais parler du Hamas comme étant le "vainqueur" de cette guerre est devenu d'autant plus ridicule que le principal sujet de conversation dans les capitales du Moyen-Orient et dans tout le monde occidental tourne autour de la manière de désarmer le Hamas de façon permanente et de démanteler toutes infrastructures qu'il pourrait utiliser contre Israël.


© Seth Mandel