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Antisionisme chrétien

Antisionisme papal dans les années 20
Benoît XV
16/09/2014



Allocution prononcée par le pape Benoît XV au Consistoire du 13 juin 1921 1 .


Vénérables Frères,

Si nous vous avons convoqués aujourd'hui, pour la seconde fois en la présente année, c'est pour un double motif : combler les vides de votre auguste Collège, et, suivant le rite traditionnel, mettre fin au veuvage d'un grand nombre d'Églises. Mais avant d'en arriver aux actes qui font l'objet de cette réunion, Nous tenons, en accord avec un antique usage, à Nous entretenir quelques instants avec vous des intérêts suprêmes de l'Église catholique.

Vous vous rappelez sans nul doute l'angoisse avec laquelle, dans le discours que Nous prononcions devant vous en cette enceinte le 10 mars 1919, Nous Nous demandions quelle situation créerait la guerre en Palestine, en ce pays si cher à Notre cœur comme à tout cœur c hrétien, que le divin Rédempteur des hommes lui-même a consacré en le choisissant pour cadre de sa vie mortelle. Or, bien loin de s'être allégée, cette préoccupation est pour Nous un fardeau de jour en jour plus pesant. La plainte que nous arrachait l'œuvre néfaste accomplie en Palestine par des sectes acatholiques étrangères qui s'affirment chrétiennes, Nous sommes contraint de la renouveler en ce moment, au spectacle de l'ardeur chaque jour plus acharnée qu'apportent à poursuivre leur entreprise ces sectes pourvues de ressources abondantes et habiles à exploiter la misère affreuse où la Grande Guerre a réduit la population.

Nous n'avons pas cessé, et Nous continuerons dans la mesure de nos moyens, de secourir la profonde détresse de la Palestine en patronnant diverses organisations charitables et en créant de nouvelles. Mais nous ne saurions apporter à ses habitants un secours qui soit à la mesure de leurs besoins, vu surtout la nécessité de distribuer aux malheureux qui, de toutes parts, font appel à la bonté du Siège apostolique les ressources mises à Notre disposition par la Providence divine. Aussi avons-Nous l'immense douleur de voir insensiblement se perdre des âmes que nous chérissons et au salut desquelles de si nombreux apôtres, en particulier les fils du Patriarche d'Assise, ont travaillé avec tant de persévérance et d'activité.

Quand les troupes alliées eurent une fois de plus remis les Saints Lieux au pouvoir des chrétiens, Nous partageâmes de tout cœur l'allégresse générale des fidèles ; mais cette joie était impuissante à dissiper la crainte, manifestée alors dans Notre allocution consistoriale, de voir un succès éclatant et heureux en soi aboutir à assurer désormais aux Israélites en Palestine la prépondérance et un statut privilégié. Cette crainte, les événements l'ont prouvé, n'était pas vaine. Il est en effet manifeste que, loin de s'améliorer, la situation des chrétiens en Terre Sainte est devenue plus difficile encore que jadis, à raison des nouvelles lois et institutions politiques qui – non par la volonté de leurs auteurs, mais en fait incontestablement – tendent, en faveur des Israélites, à enlever au christianisme la position qu'il y a toujours occupée jusqu'ici. C'est ce but que poursuivent bien des personnes par leurs efforts intenses en vue de dépouiller les Lieux Saints de leur caractère sacré et de les transformer en lieux de plaisir en y important les attractions de fêtes mondaines et tous les appâts de la sensualité, frivolités qui, déplorables partout ailleurs, sont encore plus déplacés dans une région parsemée des plus vénérables monuments religieux 2 .

Le sort de la Palestine n'étant pas encore définitivement réglé, Nous déclarons dès aujourd'hui que, quand le moment viendra d'en décider, Notre volonté est que soient sauvegardés en leur intégralité les droits de l'Église catholique et de tous les chrétiens. Pour ce qui est des droits des Israélites, Nous ne souhaitons certes pas qu'on y porte la moindre atteinte, mais Nous soutenons qu'ils ne doivent en rien prévaloir sur les droits imprescriptibles des chrétiens. A cet égard, Nous demandons avec instance à tous les gouvernements des nations chrétiennes, même des nations acatholiques, d'intervenir énergiquement auprès de la Société des Nations, chargée, dit-on, d'examiner le mandat britannique sur la Palestine, afin que ces droits ne soient point méconnus.

De la Terre Sainte si nous ramenons notre regard sur l'Europe, là encore d'immenses difficultés se dressent devant Nous. Les récents événements que vous savez, Vénérables Frères, montrent assez clairement que les rivalités et rancunes de peuples à peuples ne sont point apaisées encore, et que, si l'incendie de la guerre est presque éteint, les instincts belliqueux sont restés vivaces. C'est pourquoi Nous répétons et réitérons Notre appel à tous les hommes de bonne volonté qui, dans tous les pays, tiennent les rênes du pouvoir : Nous les supplions d'amener les peuples, par leur initiative et sous leurs auspices, à se pardonner mutuellement, pour le salut commun, leurs torts réciproques et à régler par voie de discussion, en prenant la justice pour guide et pour compagne la charité, les différends qui les séparent encore. C'est alors seulement qu'ils rendront enfin à la malheureuse Europe la paix depuis si longtemps attendue.

Au milieu de ces amertumes, le Seigneur Jésus a voulu dans sa bonté accorder le réconfort de quelque consolation à l'Église son Épouse et à son Vicaire ici-bas. Il s'agit, vous le devinez, du fait que presque toutes les nations qui n'entretenaient point de relations officielles avec Nous se sont empressées, à peine la guerre finie, de Nous signifier en toute spontanéité leur désir d'entrer en rapports et de lier amitié avec ce Siège apostolique, persuadées que le succès de leur initiative ne manquerait pas de leur procurer à elles-mêmes de sérieux avantages. De Notre côté, fidèle à la tradition de ce Siège apostolique et Nous conformant à l'enseignement catholique sur l'union des deux pouvoirs en vue du bien commun de l'État et de l'Église, Nous avons cordialement accueilli ces démarches, sans rien abandonner, il va de soi, des principes que Nous tenons pour sacrés en cette matière.

La France elle-même, après s'être arrachée officiellement des bras de l'Église, vient tout récemment, après une absence de seize années, de reprendre auprès du Vicaire de Jésus-Christ la place qu'elle avait occupée durant des siècles, et pour Nous comme pour tous les fidèles, la joie de ce retour a égalé l'amertume de la séparation.

Ce qui naguère encore paraissait chimérique pour nos temps si tristes est donc, avec le recours de la divine Providence, réalisé aujourd'hui : partout où ne règne pas un ordre des choses inacceptable qui entrave la liberté du Pontificat romain, la presque totalité des nations civilisées sont en relations avec ce Siège apostolique, et Nous demandons instamment à Dieu que ces rapports soient, ainsi que cela doit être, avantageux pour l'Église et pour chacun de ces États.

Ainsi que Nous vous l'avons déjà dit, nous avons décidé d'honorer de la pourpre trois hommes, remarquables par leur caractère et leur intelligence, qui ont fait leurs preuves dans la conduite de l'Église.

Ce sont : Jean Tacci, archevêque titulaire de Nicée, préfet des Sacrés-Palais ;

Achille Ratti, archevêque d'Adana, nonce apostolique en Pologne ;

Camille Laurenti, secrétaire de la Propagande.

Que vous en semble ?

Par l'autorité du Dieu tout-puissant, des saints apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, nous créons et nous proclamons

Cardinaux prêtres :

Jean Tacci,

Achille Ratti,

Cardinal diacre :

Camille Laurenti.

Avec les dispenses, dérogations et clausules nécessaires et opportunes.



1 Original latin dans Acta Apostolicae Sedis, Annus XIII, vol. XIII, n° 8, 18 juin 1921, p. 281-284. Traduction française reprise du site Liberius.net (http://www.liberius.net/livres/Actes_de_Benoit_XV_(tome_3)_000000877.pdf).

2 En raison de son importance et pour parer d'avance à tout soupçon de traduction orientée de manière maligne, je crois utile de citer ce passage dans l'original latin, in op. cit., p. 282-283 : « Praeterea, cum foederatorum copiis christiani denuo Loca Sancta in suam potestatem redigissent, Nos communem bonorum laetitiam participavimus ex animo ; sed ei gratulationi timor ille suberat, quem in eadem vobis oratione aperuimus, ne ex facto per se praeclaro et laetabili id consequeretur, ut in Palaestina hebraei iam praevalerent praecipuoque qodam iure fruentur. Non inanem eum fuisse timorem res ipsa ostendit. Christianorum enim in Terra sancta non modo non meliorem factam esse condicionem apparet, verum deteriorem etiam, quam antea, scilicet propter novas civitatis leges et instituta, quae – non dicimus, voluntate auctorum, sed certe re – huc pertinent, ut christianum nomen de eo statu, quem semper usque adhuc ibi obtinuit, deiiciant, in gratiam hebreorum. Ad haec multam videmus a multis dari operam, ut Loca Sancta profanentur, atque in voluptarios quosdam secessus convertantur, importandis illud deliciarum illecebris omnisque generis invitamentis ad luxuriam ; quae quidem probari nusquam alibi possunt, nedum ubi passim augusta religionis monumenta. »